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Ze Mayor Queen
Candidat au Kamoulox d'or
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Messages: 23732

MessagePosté le: 30 Nov 2012 14:34    Sujet du message: Répondre en citant

Joli. :lol:
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Fier Panpan
2 fat, 2 furious


Age: 48
Inscrit le: 05 Jan 2004
Messages: 21493
Localisation: Là haut, sur la colline

MessagePosté le: 30 Nov 2012 14:35    Sujet du message: Répondre en citant

pas mal :lol:
_________________
Islamo-centrogauchiste déradicalisé sur internet
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gajardo
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Age: 38
Inscrit le: 06 Mai 2003
Messages: 4940
Localisation: Singaprout :D

MessagePosté le: 30 Nov 2012 15:05    Sujet du message: Répondre en citant

:clapclap: Loustic

Ca me fait penser a ca

You ff-ff--ffucking p-p-pppprick
_________________
DNCG m'a defonce le uk' :angryfire:
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Charlie Brown
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Age: 36
Inscrit le: 20 Mar 2005
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MessagePosté le: 30 Nov 2012 15:07    Sujet du message: Répondre en citant

loustic is back a écrit:
Sur un parking de supermarché quasi complet, une voiture, manquant de m'écraser se range sur une place handicapée avec une femme au volant, et son mari/autre assis à coté. Outre sa conduite digne de la gente féminine essayant de manoeuvrer, je m'en suis donné à coeur joie sur le sens civique de la demoiselle, lui expliquant que se garer 25 mètres plus loin pourrait lui faire du bien vue la taille de son postérieur, et que les places handicapées étaient réservées aux vrais handicapés.
Après avoir fini une belle tirade, j'ai alors pu constater de visus que l'homme l'accompagnant était en fauteuil roulant. :oops:


:clapclap:
Il m'est arrivé pratiquement la même l'autre jour : je venais de me garer loin de l'entrée sur le parking bondé d'un supermarché, et en arrivant devant la porte, sur une place handicapé, je vois garé un 4x4 rutilant de gros beauf périurbain (un Cayenne, ou un Touareg). Je revêtis aussitôt ma panoplie de justicier des parkings :zorro:, bien décidé à châtier l'agent immobilier ou le conseiller en gestion de patrimoine qui s'est garé là toute honte bue :x en usant du moyen de rétorsion le plus insupportable pour ces gens-là : Leur soulever les essuie-glace :twisted:
C'est en posant la main sur l'essuie glace que j'ai enfin aperçu la vignette "handicapé" qui était collée dessous

On ne m'enlèvera pas de l'idée qu'un handicapé en SUV de luxe à Leroy-Merlin, c'est louche :mefiant12:
_________________
"on ne s'interdit pas de mettre en place quelque chose"
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DNCG
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Age: 49
Inscrit le: 30 Nov 2004
Messages: 14917
Localisation: dans le pipe

MessagePosté le: 30 Nov 2012 15:39    Sujet du message: Répondre en citant

Charlie Brown a écrit:
On ne m'enlèvera pas de l'idée qu'un handicapé en SUV de luxe à Leroy-Merlin, c'est louche :mefiant12:

Boarf, il a collé son macaron sur la bagnole de sa femme, c'est tout :roll:
_________________
No thanks, Trump inauguration. If I wanted to watch an unqualified man accept a job a woman should've gotten, I'd apply for a promotion 8)

Trump administration to announce $12 billion in aid to farmers affected by tariffs.
Now, farmers are getting the full Stormy Daniels treatment - Trump screwed them and now he’s paying them off.
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Bernard Fat
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MessagePosté le: 14 Aoû 2013 3:31    Sujet du message: Répondre en citant

Pour Keizer

Libération a écrit:


Interview. Mads Mikkelsen et Arnaud des Pallières échangent leurs impressions sur leur rencontre et le tournage du film :
Recueilli par Julien Gester

Quelques semaines après le dernier Festival de Cannes, où Michael Kohlhaas fut présenté en compétition, Arnaud des Pallières, cinéaste français, appelle Mads Mikkelsen, acteur danois, pour une heure et demie d’échanges Skype tendus entre un bureau parisien et un jardin à Copenhague. Les deux hommes se remémorent comment le film est né de l’intensité d’une rencontre. Libération a glissé son dictaphone dans la conversation.

Mads Mikkelsen : J’ai reçu le scénario en anglais de Michael Kohlhaas et une longue lettre d’Arnaud, il y a quelques années. J’avais trouvé le projet extrêmement radical, et très intrigant. Il y avait des choses très entêtantes dans ce que j’avais lu, j’avais beaucoup de questions, et j’ai déjeuné avec Arnaud et son producteur, Serge Lalou, à Copenhague. Ce fut une rencontre très intense, même si Arnaud n’a presque pas parlé, et j’ai ressenti beaucoup de sincérité dans l’expression d’une nécessité pour lui de faire ce film. Pas un désir, mais une nécessité. C’est suffisamment rare pour que cela m’ait marqué.

Arnaud des Pallières : Si j’étais silencieux, c’est que j’étais en phase d’observation. Pour tous les rôles de mes films, surtout les plus importants, j’essaie de composer les personnages à mi-chemin entre ce que j’ai écrit et la singularité de l’acteur qui l’incarne. Je savais que si Mads tenait le rôle, il allait apporter une part importante de sa personne, et j’avais besoin de savoir si j’allais pouvoir l’aimer, car j’ai besoin d’aimer les gens avec qui je travaille pour pouvoir les laisser envahir le film, les placer dans des situations documentaires à l’intérieur de la fiction. J’avais seulement le temps de ce déjeuner pour décider si ce serait bien toi, et j’étais donc très tendu et en retrait, à te scruter. Je me rappelle qu’une relation très immédiatement intense s’est mise en place. Et Serge m’a fait remarquer ensuite : «Tu as vu, cet homme n’a parlé que du projet, jamais du personnage.»

Il y avait quelque chose de sérieux, d’engagé, et d’incroyablement peu narcissique dans ton approche du travail. Cela m’a évidemment beaucoup emporté.

M.M. : Je partage cette idée que l’acteur n’est pas seulement quelqu’un qui est susceptible de jouer d’autres personnes. Le principal trait d’un acteur de cinéma, c’est sa présence. Même quand vous êtes capable de tout jouer, intervient toujours quelque chose de fondamental qui n’a pas trait au jeu, et auquel tous les réalisateurs ne prêtent pas attention, qui a à voir avec une personnalité, une énergie, des qualités personnelles. De la même façon, je n’ai pas demandé à Arnaud comment il avait l’intention de faire le film, mais j’ai aimé sa passion dans la manière dont il défendait son projet, le caractère rude, abrupt, de son personnage et de son scénario.

A.d.P. : Tu avais aussi toujours le souci de défendre le personnage et ce qui l’entoure, de ne pas le couper de l’attention et de l’amour du spectateur. Il y a chez toi quelque chose d’absolument sérieux, de pas du tout romantico-artistique dans l’entreprise de faire un film. Et j’aime beaucoup cela, le fait que tu étais le grand frère raisonnable du film, celui qui pointait les faux raccords alors que l’on s’en foutait. Par ailleurs, tu m’as souvent réclamé des explications, des justifications à l’attitude de Kohlhaas, que je refusais de te fournir. Alors, tu me demandais de t’en inventer afin que tu puisses te reposer sur quelque chose de concret et d’intime qui te permette de travailler ; cela changeait tout, et jamais un acteur ne m’avait demandé ça. Ce qui me sidère encore, c’est qu’alors que je t’avais vu dans tous tes rôles, tu t’es engagé sur le projet sans avoir vu un seul de mes films, sur la seule foi du scénario…

M.M. : Non, pas le scénario. C’est la première rencontre, ta radicalité, la manière dont tu as répondu à mes questions, à mes doutes. De ne pas me dire : «Oui, c’est intéressant», comme font les gens d’habitude, juste : «C’est comme ça que je veux faire.» Un peu comme maintenant : on discute calmement, mais tu es à deux doigts de hurler à deux centimètres de la webcam (rires).

A.d.P. : Mais si tu n’as pas cherché à regarder un seul film, ne serait-ce que par précaution, pour te rassurer, comment savais-tu que j’étais capable de faire un film ?

M.M. : Je ne sais pas, je ne peux pas répondre à ça. Peut-être que cela ne m’importait pas. Je crois que j’étais convaincu que tu pouvais faire ce film-là.

A.d.P. : Tu es fou !

M.M. : Quel était le risque ? Personne n’en serait mort, si ça n’avait pas bien fonctionné. Il ne s’agissait pas de te confier la conduite d’un car scolaire, juste de tourner un long métrage ensemble. Et puis, personne d’autre que toi n’allait réaliser ce film, non ? Et comme je voulais vraiment le faire… J’avais le sentiment que je pouvais apprendre quelque chose si je te regardais mettre en œuvre ton projet sans poser trop de questions. Je ne me suis pas interrogé, comme peuvent le faire les journalistes à présent que le film est fait, sur l’opportunité d’adapter en 2013 le roman de Kleist, que je n’ai toujours pas lu, d’ailleurs. Pourquoi le faire maintenant ? Est-ce que cela a quelque chose à voir avec le terrorisme, la guerre, le 11 Septembre ? Cela ne m’intéresse pas, si l’on répond à ces questions tout devient simpliste, banal. Quand on regarde Requiem pour un massacre (1)ou Apocalypse Now, ce ne sont pas des œuvres importantes parce qu’elles illustrent des faits de guerre, mais parce qu’elles élaborent une complexité irréductible à toute analogie étroite. On ne réalise pas des films pour faire des parallèles entre telle histoire et telle actualité. Avoir un point de vue ne fait pas un film, tout au plus une note d’intention, ou un article dans le journal. Le cinéma, c’est autre chose et, si je peux me permettre, cela dépasse largement le fait d’exprimer ce que l’on a à dire. C’est affaire de puissance du regard, de nécessité dans le présent, et avec Arnaud j’ai ressenti ces choses-là, cela m’a suffi. Le reste… Le reste n’est pas simple mais, de mon point de vue, ça n’est jamais que quelque chose qu’il faut faire avec la caméra (rires).

A.d.P. : C’est fou comme cette nécessité dont tu parles, au fond, c’est Kohlhaas. C’est une forme de récompense pour moi que d’être venu te chercher toi, pour jouer ce personnage qui répond aux situations exactement comme tu le fais maintenant aux questions : «Je ne peux pas expliquer pourquoi je fais cela, je le fais parce que je sens que c’est juste, parce que je sais que c’est bien, parce que c’est nécessaire.» J’attache un soin immense au choix d’un acteur, même pour un second rôle, même pour un figurant, au grand dam de ma directrice de casting. Parce qu’un interprète mal choisi peut être une épine qui se plante dans le pied d’un film, il peut le bousiller de l’intérieur. Et, à chaque fois que je désire fortement travailler avec un acteur, comme ce fut le cas avec toi, c’est que j’ai l’impression de voir en lui des choses que je suis le seul à discerner, que j’ai une idée de lui, de comment il faut le filmer et l’habiller, le faire marcher. Il y a une certaine fierté à révéler cette sorte de part cachée. Et, en préparation d’un tournage, j’effectue toujours cette opération d’amour qui consiste à troquer le personnage écrit, sa version rêvée, contre le personnage réel, c’est-à-dire l’acteur.

M.M. : Ce qui m’a le plus surpris dans le film fini, c’est sa sensualité, le fait que l’on puisse sentir, respirer la texture même de chaque chose filmée : les visages, la fatigue, le paysage, l’odeur des chevaux, les mouches, la poussière. C’est l’essentiel au cinéma : parvenir à faire exister ce sur quoi l’on porte son regard. Il y avait comme une alliance entre Arnaud et moi sur le tournage, je n’avais pas le sentiment d’être regardé, ni d’avoir à jouer. Il a cette capacité à nous placer au centre de situations où l’on peut librement composer avec les éléments, la température, les obstacles, plutôt qu’avec la caméra. C’est ce que l’on peut m’offrir de mieux. En toute humilité, l’une des choses que je chéris le plus chez un acteur, et mon souci principal dans mon métier, c’est le fait d’exister dans les plans, y inventer son espace, sans nécessairement y faire grand-chose, sans songer à la caméra. Je crois que je ne suis pas trop mauvais à cela et que c’est ce qui a pu te plaire chez moi, alors que je ne parlais pas la langue et que je ne savais pas monter à cheval. Et puis, j’en reviens à la nécessité, mais il fallait que je sois suffisamment bon cavalier pour le rôle, et quand tu m’as filmé en train de chevaucher, j’ai été infiniment meilleur que lors des répétitions. Parce que, pendant cinq minutes, j’oubliais le cheval et il fallait simplement que je sois Michael Kohlhaas.

A.d.P. : Lorsque nous nous sommes rencontrés et que je t’ai demandé si tu te sentais capable de monter à cheval et de parler français, tu m’as simplement dit : «Quand je joue, je sais tout faire.»

(1) Film soviétique d’Elem Klimov (1984).

_________________
"L budget moyen d Clubs d L1 è d l'ordre d 50 m€, l'OM 100 M € 'ASM de 200 ? PsG 550 ?La compétition sportive c nè pas ça." :aulas:
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Milhouse
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MessagePosté le: 14 Aoû 2013 11:06    Sujet du message: Répondre en citant

Exactement ce que je disais à Jean-Alain la semaine dernière durant l'entracte du festival de musique de chambres en pays de Gex.
_________________
"Maman, y a un gars qui a acheté un joueur trop cher dans un jeu internet ! C'EST VRAIMENT UN PETIT CONNARD FRUSTRÉ !"

*claque la porte de sa chambre en pleurant*
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MessagePosté le: 14 Aoû 2013 11:14    Sujet du message: Répondre en citant

Milhouse a écrit:
Exactement ce que je disais à Jean-Alain la semaine dernière durant l'entracte du festival de musique de chambres en pays de Gex.

T'es sûr que c'était pas le festival du tampon ? LOOOOOOOOOOOOOL
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Tant de vies médiocres et si peu de suicides.
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Leo
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MessagePosté le: 14 Aoû 2013 14:16    Sujet du message: Répondre en citant

Bernard Fat a écrit:
Pour Keizer

Libération a écrit:


Interview. Mads Mikkelsen et Arnaud des Pallières échangent leurs impressions sur leur rencontre et le tournage du film :
Recueilli par Julien Gester

Quelques semaines après le dernier Festival de Cannes, où Michael Kohlhaas fut présenté en compétition, Arnaud des Pallières, cinéaste français, appelle Mads Mikkelsen, acteur danois, pour une heure et demie d’échanges Skype tendus entre un bureau parisien et un jardin à Copenhague. Les deux hommes se remémorent comment le film est né de l’intensité d’une rencontre. Libération a glissé son dictaphone dans la conversation.

Mads Mikkelsen : J’ai reçu le scénario en anglais de Michael Kohlhaas et une longue lettre d’Arnaud, il y a quelques années. J’avais trouvé le projet extrêmement radical, et très intrigant. Il y avait des choses très entêtantes dans ce que j’avais lu, j’avais beaucoup de questions, et j’ai déjeuné avec Arnaud et son producteur, Serge Lalou, à Copenhague. Ce fut une rencontre très intense, même si Arnaud n’a presque pas parlé, et j’ai ressenti beaucoup de sincérité dans l’expression d’une nécessité pour lui de faire ce film. Pas un désir, mais une nécessité. C’est suffisamment rare pour que cela m’ait marqué.

Arnaud des Pallières : Si j’étais silencieux, c’est que j’étais en phase d’observation. Pour tous les rôles de mes films, surtout les plus importants, j’essaie de composer les personnages à mi-chemin entre ce que j’ai écrit et la singularité de l’acteur qui l’incarne. Je savais que si Mads tenait le rôle, il allait apporter une part importante de sa personne, et j’avais besoin de savoir si j’allais pouvoir l’aimer, car j’ai besoin d’aimer les gens avec qui je travaille pour pouvoir les laisser envahir le film, les placer dans des situations documentaires à l’intérieur de la fiction. J’avais seulement le temps de ce déjeuner pour décider si ce serait bien toi, et j’étais donc très tendu et en retrait, à te scruter. Je me rappelle qu’une relation très immédiatement intense s’est mise en place. Et Serge m’a fait remarquer ensuite : «Tu as vu, cet homme n’a parlé que du projet, jamais du personnage.»

Il y avait quelque chose de sérieux, d’engagé, et d’incroyablement peu narcissique dans ton approche du travail. Cela m’a évidemment beaucoup emporté.

M.M. : Je partage cette idée que l’acteur n’est pas seulement quelqu’un qui est susceptible de jouer d’autres personnes. Le principal trait d’un acteur de cinéma, c’est sa présence. Même quand vous êtes capable de tout jouer, intervient toujours quelque chose de fondamental qui n’a pas trait au jeu, et auquel tous les réalisateurs ne prêtent pas attention, qui a à voir avec une personnalité, une énergie, des qualités personnelles. De la même façon, je n’ai pas demandé à Arnaud comment il avait l’intention de faire le film, mais j’ai aimé sa passion dans la manière dont il défendait son projet, le caractère rude, abrupt, de son personnage et de son scénario.

A.d.P. : Tu avais aussi toujours le souci de défendre le personnage et ce qui l’entoure, de ne pas le couper de l’attention et de l’amour du spectateur. Il y a chez toi quelque chose d’absolument sérieux, de pas du tout romantico-artistique dans l’entreprise de faire un film. Et j’aime beaucoup cela, le fait que tu étais le grand frère raisonnable du film, celui qui pointait les faux raccords alors que l’on s’en foutait. Par ailleurs, tu m’as souvent réclamé des explications, des justifications à l’attitude de Kohlhaas, que je refusais de te fournir. Alors, tu me demandais de t’en inventer afin que tu puisses te reposer sur quelque chose de concret et d’intime qui te permette de travailler ; cela changeait tout, et jamais un acteur ne m’avait demandé ça. Ce qui me sidère encore, c’est qu’alors que je t’avais vu dans tous tes rôles, tu t’es engagé sur le projet sans avoir vu un seul de mes films, sur la seule foi du scénario…

M.M. : Non, pas le scénario. C’est la première rencontre, ta radicalité, la manière dont tu as répondu à mes questions, à mes doutes. De ne pas me dire : «Oui, c’est intéressant», comme font les gens d’habitude, juste : «C’est comme ça que je veux faire.» Un peu comme maintenant : on discute calmement, mais tu es à deux doigts de hurler à deux centimètres de la webcam (rires).

A.d.P. : Mais si tu n’as pas cherché à regarder un seul film, ne serait-ce que par précaution, pour te rassurer, comment savais-tu que j’étais capable de faire un film ?

M.M. : Je ne sais pas, je ne peux pas répondre à ça. Peut-être que cela ne m’importait pas. Je crois que j’étais convaincu que tu pouvais faire ce film-là.

A.d.P. : Tu es fou !

M.M. : Quel était le risque ? Personne n’en serait mort, si ça n’avait pas bien fonctionné. Il ne s’agissait pas de te confier la conduite d’un car scolaire, juste de tourner un long métrage ensemble. Et puis, personne d’autre que toi n’allait réaliser ce film, non ? Et comme je voulais vraiment le faire… J’avais le sentiment que je pouvais apprendre quelque chose si je te regardais mettre en œuvre ton projet sans poser trop de questions. Je ne me suis pas interrogé, comme peuvent le faire les journalistes à présent que le film est fait, sur l’opportunité d’adapter en 2013 le roman de Kleist, que je n’ai toujours pas lu, d’ailleurs. Pourquoi le faire maintenant ? Est-ce que cela a quelque chose à voir avec le terrorisme, la guerre, le 11 Septembre ? Cela ne m’intéresse pas, si l’on répond à ces questions tout devient simpliste, banal. Quand on regarde Requiem pour un massacre (1)ou Apocalypse Now, ce ne sont pas des œuvres importantes parce qu’elles illustrent des faits de guerre, mais parce qu’elles élaborent une complexité irréductible à toute analogie étroite. On ne réalise pas des films pour faire des parallèles entre telle histoire et telle actualité. Avoir un point de vue ne fait pas un film, tout au plus une note d’intention, ou un article dans le journal. Le cinéma, c’est autre chose et, si je peux me permettre, cela dépasse largement le fait d’exprimer ce que l’on a à dire. C’est affaire de puissance du regard, de nécessité dans le présent, et avec Arnaud j’ai ressenti ces choses-là, cela m’a suffi. Le reste… Le reste n’est pas simple mais, de mon point de vue, ça n’est jamais que quelque chose qu’il faut faire avec la caméra (rires).

A.d.P. : C’est fou comme cette nécessité dont tu parles, au fond, c’est Kohlhaas. C’est une forme de récompense pour moi que d’être venu te chercher toi, pour jouer ce personnage qui répond aux situations exactement comme tu le fais maintenant aux questions : «Je ne peux pas expliquer pourquoi je fais cela, je le fais parce que je sens que c’est juste, parce que je sais que c’est bien, parce que c’est nécessaire.» J’attache un soin immense au choix d’un acteur, même pour un second rôle, même pour un figurant, au grand dam de ma directrice de casting. Parce qu’un interprète mal choisi peut être une épine qui se plante dans le pied d’un film, il peut le bousiller de l’intérieur. Et, à chaque fois que je désire fortement travailler avec un acteur, comme ce fut le cas avec toi, c’est que j’ai l’impression de voir en lui des choses que je suis le seul à discerner, que j’ai une idée de lui, de comment il faut le filmer et l’habiller, le faire marcher. Il y a une certaine fierté à révéler cette sorte de part cachée. Et, en préparation d’un tournage, j’effectue toujours cette opération d’amour qui consiste à troquer le personnage écrit, sa version rêvée, contre le personnage réel, c’est-à-dire l’acteur.

M.M. : Ce qui m’a le plus surpris dans le film fini, c’est sa sensualité, le fait que l’on puisse sentir, respirer la texture même de chaque chose filmée : les visages, la fatigue, le paysage, l’odeur des chevaux, les mouches, la poussière. C’est l’essentiel au cinéma : parvenir à faire exister ce sur quoi l’on porte son regard. Il y avait comme une alliance entre Arnaud et moi sur le tournage, je n’avais pas le sentiment d’être regardé, ni d’avoir à jouer. Il a cette capacité à nous placer au centre de situations où l’on peut librement composer avec les éléments, la température, les obstacles, plutôt qu’avec la caméra. C’est ce que l’on peut m’offrir de mieux. En toute humilité, l’une des choses que je chéris le plus chez un acteur, et mon souci principal dans mon métier, c’est le fait d’exister dans les plans, y inventer son espace, sans nécessairement y faire grand-chose, sans songer à la caméra. Je crois que je ne suis pas trop mauvais à cela et que c’est ce qui a pu te plaire chez moi, alors que je ne parlais pas la langue et que je ne savais pas monter à cheval. Et puis, j’en reviens à la nécessité, mais il fallait que je sois suffisamment bon cavalier pour le rôle, et quand tu m’as filmé en train de chevaucher, j’ai été infiniment meilleur que lors des répétitions. Parce que, pendant cinq minutes, j’oubliais le cheval et il fallait simplement que je sois Michael Kohlhaas.

A.d.P. : Lorsque nous nous sommes rencontrés et que je t’ai demandé si tu te sentais capable de monter à cheval et de parler français, tu m’as simplement dit : «Quand je joue, je sais tout faire.»

(1) Film soviétique d’Elem Klimov (1984).


J'adore ces échanges

- "T'es un génie."

- "Non, toi t'es un génie, moi, je réfléchis pas, je ressens, t'ois."

- "C'est exactement ça le cinéma/la musique/la littérature, parce qu'on est des putain de génies et qu'on s'aime."
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MessagePosté le: 14 Aoû 2013 14:20    Sujet du message: Répondre en citant

Leo a écrit:
Bernard Fat a écrit:
Pour Keizer

Libération a écrit:


Interview. Mads Mikkelsen et Arnaud des Pallières échangent leurs impressions sur leur rencontre et le tournage du film :
Recueilli par Julien Gester

Quelques semaines après le dernier Festival de Cannes, où Michael Kohlhaas fut présenté en compétition, Arnaud des Pallières, cinéaste français, appelle Mads Mikkelsen, acteur danois, pour une heure et demie d’échanges Skype tendus entre un bureau parisien et un jardin à Copenhague. Les deux hommes se remémorent comment le film est né de l’intensité d’une rencontre. Libération a glissé son dictaphone dans la conversation.

Mads Mikkelsen : J’ai reçu le scénario en anglais de Michael Kohlhaas et une longue lettre d’Arnaud, il y a quelques années. J’avais trouvé le projet extrêmement radical, et très intrigant. Il y avait des choses très entêtantes dans ce que j’avais lu, j’avais beaucoup de questions, et j’ai déjeuné avec Arnaud et son producteur, Serge Lalou, à Copenhague. Ce fut une rencontre très intense, même si Arnaud n’a presque pas parlé, et j’ai ressenti beaucoup de sincérité dans l’expression d’une nécessité pour lui de faire ce film. Pas un désir, mais une nécessité. C’est suffisamment rare pour que cela m’ait marqué.

Arnaud des Pallières : Si j’étais silencieux, c’est que j’étais en phase d’observation. Pour tous les rôles de mes films, surtout les plus importants, j’essaie de composer les personnages à mi-chemin entre ce que j’ai écrit et la singularité de l’acteur qui l’incarne. Je savais que si Mads tenait le rôle, il allait apporter une part importante de sa personne, et j’avais besoin de savoir si j’allais pouvoir l’aimer, car j’ai besoin d’aimer les gens avec qui je travaille pour pouvoir les laisser envahir le film, les placer dans des situations documentaires à l’intérieur de la fiction. J’avais seulement le temps de ce déjeuner pour décider si ce serait bien toi, et j’étais donc très tendu et en retrait, à te scruter. Je me rappelle qu’une relation très immédiatement intense s’est mise en place. Et Serge m’a fait remarquer ensuite : «Tu as vu, cet homme n’a parlé que du projet, jamais du personnage.»

Il y avait quelque chose de sérieux, d’engagé, et d’incroyablement peu narcissique dans ton approche du travail. Cela m’a évidemment beaucoup emporté.

M.M. : Je partage cette idée que l’acteur n’est pas seulement quelqu’un qui est susceptible de jouer d’autres personnes. Le principal trait d’un acteur de cinéma, c’est sa présence. Même quand vous êtes capable de tout jouer, intervient toujours quelque chose de fondamental qui n’a pas trait au jeu, et auquel tous les réalisateurs ne prêtent pas attention, qui a à voir avec une personnalité, une énergie, des qualités personnelles. De la même façon, je n’ai pas demandé à Arnaud comment il avait l’intention de faire le film, mais j’ai aimé sa passion dans la manière dont il défendait son projet, le caractère rude, abrupt, de son personnage et de son scénario.

A.d.P. : Tu avais aussi toujours le souci de défendre le personnage et ce qui l’entoure, de ne pas le couper de l’attention et de l’amour du spectateur. Il y a chez toi quelque chose d’absolument sérieux, de pas du tout romantico-artistique dans l’entreprise de faire un film. Et j’aime beaucoup cela, le fait que tu étais le grand frère raisonnable du film, celui qui pointait les faux raccords alors que l’on s’en foutait. Par ailleurs, tu m’as souvent réclamé des explications, des justifications à l’attitude de Kohlhaas, que je refusais de te fournir. Alors, tu me demandais de t’en inventer afin que tu puisses te reposer sur quelque chose de concret et d’intime qui te permette de travailler ; cela changeait tout, et jamais un acteur ne m’avait demandé ça. Ce qui me sidère encore, c’est qu’alors que je t’avais vu dans tous tes rôles, tu t’es engagé sur le projet sans avoir vu un seul de mes films, sur la seule foi du scénario…

M.M. : Non, pas le scénario. C’est la première rencontre, ta radicalité, la manière dont tu as répondu à mes questions, à mes doutes. De ne pas me dire : «Oui, c’est intéressant», comme font les gens d’habitude, juste : «C’est comme ça que je veux faire.» Un peu comme maintenant : on discute calmement, mais tu es à deux doigts de hurler à deux centimètres de la webcam (rires).

A.d.P. : Mais si tu n’as pas cherché à regarder un seul film, ne serait-ce que par précaution, pour te rassurer, comment savais-tu que j’étais capable de faire un film ?

M.M. : Je ne sais pas, je ne peux pas répondre à ça. Peut-être que cela ne m’importait pas. Je crois que j’étais convaincu que tu pouvais faire ce film-là.

A.d.P. : Tu es fou !

M.M. : Quel était le risque ? Personne n’en serait mort, si ça n’avait pas bien fonctionné. Il ne s’agissait pas de te confier la conduite d’un car scolaire, juste de tourner un long métrage ensemble. Et puis, personne d’autre que toi n’allait réaliser ce film, non ? Et comme je voulais vraiment le faire… J’avais le sentiment que je pouvais apprendre quelque chose si je te regardais mettre en œuvre ton projet sans poser trop de questions. Je ne me suis pas interrogé, comme peuvent le faire les journalistes à présent que le film est fait, sur l’opportunité d’adapter en 2013 le roman de Kleist, que je n’ai toujours pas lu, d’ailleurs. Pourquoi le faire maintenant ? Est-ce que cela a quelque chose à voir avec le terrorisme, la guerre, le 11 Septembre ? Cela ne m’intéresse pas, si l’on répond à ces questions tout devient simpliste, banal. Quand on regarde Requiem pour un massacre (1)ou Apocalypse Now, ce ne sont pas des œuvres importantes parce qu’elles illustrent des faits de guerre, mais parce qu’elles élaborent une complexité irréductible à toute analogie étroite. On ne réalise pas des films pour faire des parallèles entre telle histoire et telle actualité. Avoir un point de vue ne fait pas un film, tout au plus une note d’intention, ou un article dans le journal. Le cinéma, c’est autre chose et, si je peux me permettre, cela dépasse largement le fait d’exprimer ce que l’on a à dire. C’est affaire de puissance du regard, de nécessité dans le présent, et avec Arnaud j’ai ressenti ces choses-là, cela m’a suffi. Le reste… Le reste n’est pas simple mais, de mon point de vue, ça n’est jamais que quelque chose qu’il faut faire avec la caméra (rires).

A.d.P. : C’est fou comme cette nécessité dont tu parles, au fond, c’est Kohlhaas. C’est une forme de récompense pour moi que d’être venu te chercher toi, pour jouer ce personnage qui répond aux situations exactement comme tu le fais maintenant aux questions : «Je ne peux pas expliquer pourquoi je fais cela, je le fais parce que je sens que c’est juste, parce que je sais que c’est bien, parce que c’est nécessaire.» J’attache un soin immense au choix d’un acteur, même pour un second rôle, même pour un figurant, au grand dam de ma directrice de casting. Parce qu’un interprète mal choisi peut être une épine qui se plante dans le pied d’un film, il peut le bousiller de l’intérieur. Et, à chaque fois que je désire fortement travailler avec un acteur, comme ce fut le cas avec toi, c’est que j’ai l’impression de voir en lui des choses que je suis le seul à discerner, que j’ai une idée de lui, de comment il faut le filmer et l’habiller, le faire marcher. Il y a une certaine fierté à révéler cette sorte de part cachée. Et, en préparation d’un tournage, j’effectue toujours cette opération d’amour qui consiste à troquer le personnage écrit, sa version rêvée, contre le personnage réel, c’est-à-dire l’acteur.

M.M. : Ce qui m’a le plus surpris dans le film fini, c’est sa sensualité, le fait que l’on puisse sentir, respirer la texture même de chaque chose filmée : les visages, la fatigue, le paysage, l’odeur des chevaux, les mouches, la poussière. C’est l’essentiel au cinéma : parvenir à faire exister ce sur quoi l’on porte son regard. Il y avait comme une alliance entre Arnaud et moi sur le tournage, je n’avais pas le sentiment d’être regardé, ni d’avoir à jouer. Il a cette capacité à nous placer au centre de situations où l’on peut librement composer avec les éléments, la température, les obstacles, plutôt qu’avec la caméra. C’est ce que l’on peut m’offrir de mieux. En toute humilité, l’une des choses que je chéris le plus chez un acteur, et mon souci principal dans mon métier, c’est le fait d’exister dans les plans, y inventer son espace, sans nécessairement y faire grand-chose, sans songer à la caméra. Je crois que je ne suis pas trop mauvais à cela et que c’est ce qui a pu te plaire chez moi, alors que je ne parlais pas la langue et que je ne savais pas monter à cheval. Et puis, j’en reviens à la nécessité, mais il fallait que je sois suffisamment bon cavalier pour le rôle, et quand tu m’as filmé en train de chevaucher, j’ai été infiniment meilleur que lors des répétitions. Parce que, pendant cinq minutes, j’oubliais le cheval et il fallait simplement que je sois Michael Kohlhaas.

A.d.P. : Lorsque nous nous sommes rencontrés et que je t’ai demandé si tu te sentais capable de monter à cheval et de parler français, tu m’as simplement dit : «Quand je joue, je sais tout faire.»

(1) Film soviétique d’Elem Klimov (1984).


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- "T'es un génie."

- "Non, toi t'es un génie, moi, je réfléchis pas, je ressens, t'ois."

- "C'est exactement ça le cinéma/la musique/la littérature, parce qu'on est des putain de génies et qu'on s'aime."


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MessagePosté le: 14 Aoû 2013 14:28    Sujet du message: Répondre en citant

N° 14 a écrit:
Leo a écrit:
Bernard Fat a écrit:
Pour Keizer

Libération a écrit:


Interview. Mads Mikkelsen et Arnaud des Pallières échangent leurs impressions sur leur rencontre et le tournage du film :
Recueilli par Julien Gester

Quelques semaines après le dernier Festival de Cannes, où Michael Kohlhaas fut présenté en compétition, Arnaud des Pallières, cinéaste français, appelle Mads Mikkelsen, acteur danois, pour une heure et demie d’échanges Skype tendus entre un bureau parisien et un jardin à Copenhague. Les deux hommes se remémorent comment le film est né de l’intensité d’une rencontre. Libération a glissé son dictaphone dans la conversation.

Mads Mikkelsen : J’ai reçu le scénario en anglais de Michael Kohlhaas et une longue lettre d’Arnaud, il y a quelques années. J’avais trouvé le projet extrêmement radical, et très intrigant. Il y avait des choses très entêtantes dans ce que j’avais lu, j’avais beaucoup de questions, et j’ai déjeuné avec Arnaud et son producteur, Serge Lalou, à Copenhague. Ce fut une rencontre très intense, même si Arnaud n’a presque pas parlé, et j’ai ressenti beaucoup de sincérité dans l’expression d’une nécessité pour lui de faire ce film. Pas un désir, mais une nécessité. C’est suffisamment rare pour que cela m’ait marqué.

Arnaud des Pallières : Si j’étais silencieux, c’est que j’étais en phase d’observation. Pour tous les rôles de mes films, surtout les plus importants, j’essaie de composer les personnages à mi-chemin entre ce que j’ai écrit et la singularité de l’acteur qui l’incarne. Je savais que si Mads tenait le rôle, il allait apporter une part importante de sa personne, et j’avais besoin de savoir si j’allais pouvoir l’aimer, car j’ai besoin d’aimer les gens avec qui je travaille pour pouvoir les laisser envahir le film, les placer dans des situations documentaires à l’intérieur de la fiction. J’avais seulement le temps de ce déjeuner pour décider si ce serait bien toi, et j’étais donc très tendu et en retrait, à te scruter. Je me rappelle qu’une relation très immédiatement intense s’est mise en place. Et Serge m’a fait remarquer ensuite : «Tu as vu, cet homme n’a parlé que du projet, jamais du personnage.»

Il y avait quelque chose de sérieux, d’engagé, et d’incroyablement peu narcissique dans ton approche du travail. Cela m’a évidemment beaucoup emporté.

M.M. : Je partage cette idée que l’acteur n’est pas seulement quelqu’un qui est susceptible de jouer d’autres personnes. Le principal trait d’un acteur de cinéma, c’est sa présence. Même quand vous êtes capable de tout jouer, intervient toujours quelque chose de fondamental qui n’a pas trait au jeu, et auquel tous les réalisateurs ne prêtent pas attention, qui a à voir avec une personnalité, une énergie, des qualités personnelles. De la même façon, je n’ai pas demandé à Arnaud comment il avait l’intention de faire le film, mais j’ai aimé sa passion dans la manière dont il défendait son projet, le caractère rude, abrupt, de son personnage et de son scénario.

A.d.P. : Tu avais aussi toujours le souci de défendre le personnage et ce qui l’entoure, de ne pas le couper de l’attention et de l’amour du spectateur. Il y a chez toi quelque chose d’absolument sérieux, de pas du tout romantico-artistique dans l’entreprise de faire un film. Et j’aime beaucoup cela, le fait que tu étais le grand frère raisonnable du film, celui qui pointait les faux raccords alors que l’on s’en foutait. Par ailleurs, tu m’as souvent réclamé des explications, des justifications à l’attitude de Kohlhaas, que je refusais de te fournir. Alors, tu me demandais de t’en inventer afin que tu puisses te reposer sur quelque chose de concret et d’intime qui te permette de travailler ; cela changeait tout, et jamais un acteur ne m’avait demandé ça. Ce qui me sidère encore, c’est qu’alors que je t’avais vu dans tous tes rôles, tu t’es engagé sur le projet sans avoir vu un seul de mes films, sur la seule foi du scénario…

M.M. : Non, pas le scénario. C’est la première rencontre, ta radicalité, la manière dont tu as répondu à mes questions, à mes doutes. De ne pas me dire : «Oui, c’est intéressant», comme font les gens d’habitude, juste : «C’est comme ça que je veux faire.» Un peu comme maintenant : on discute calmement, mais tu es à deux doigts de hurler à deux centimètres de la webcam (rires).

A.d.P. : Mais si tu n’as pas cherché à regarder un seul film, ne serait-ce que par précaution, pour te rassurer, comment savais-tu que j’étais capable de faire un film ?

M.M. : Je ne sais pas, je ne peux pas répondre à ça. Peut-être que cela ne m’importait pas. Je crois que j’étais convaincu que tu pouvais faire ce film-là.

A.d.P. : Tu es fou !

M.M. : Quel était le risque ? Personne n’en serait mort, si ça n’avait pas bien fonctionné. Il ne s’agissait pas de te confier la conduite d’un car scolaire, juste de tourner un long métrage ensemble. Et puis, personne d’autre que toi n’allait réaliser ce film, non ? Et comme je voulais vraiment le faire… J’avais le sentiment que je pouvais apprendre quelque chose si je te regardais mettre en œuvre ton projet sans poser trop de questions. Je ne me suis pas interrogé, comme peuvent le faire les journalistes à présent que le film est fait, sur l’opportunité d’adapter en 2013 le roman de Kleist, que je n’ai toujours pas lu, d’ailleurs. Pourquoi le faire maintenant ? Est-ce que cela a quelque chose à voir avec le terrorisme, la guerre, le 11 Septembre ? Cela ne m’intéresse pas, si l’on répond à ces questions tout devient simpliste, banal. Quand on regarde Requiem pour un massacre (1)ou Apocalypse Now, ce ne sont pas des œuvres importantes parce qu’elles illustrent des faits de guerre, mais parce qu’elles élaborent une complexité irréductible à toute analogie étroite. On ne réalise pas des films pour faire des parallèles entre telle histoire et telle actualité. Avoir un point de vue ne fait pas un film, tout au plus une note d’intention, ou un article dans le journal. Le cinéma, c’est autre chose et, si je peux me permettre, cela dépasse largement le fait d’exprimer ce que l’on a à dire. C’est affaire de puissance du regard, de nécessité dans le présent, et avec Arnaud j’ai ressenti ces choses-là, cela m’a suffi. Le reste… Le reste n’est pas simple mais, de mon point de vue, ça n’est jamais que quelque chose qu’il faut faire avec la caméra (rires).

A.d.P. : C’est fou comme cette nécessité dont tu parles, au fond, c’est Kohlhaas. C’est une forme de récompense pour moi que d’être venu te chercher toi, pour jouer ce personnage qui répond aux situations exactement comme tu le fais maintenant aux questions : «Je ne peux pas expliquer pourquoi je fais cela, je le fais parce que je sens que c’est juste, parce que je sais que c’est bien, parce que c’est nécessaire.» J’attache un soin immense au choix d’un acteur, même pour un second rôle, même pour un figurant, au grand dam de ma directrice de casting. Parce qu’un interprète mal choisi peut être une épine qui se plante dans le pied d’un film, il peut le bousiller de l’intérieur. Et, à chaque fois que je désire fortement travailler avec un acteur, comme ce fut le cas avec toi, c’est que j’ai l’impression de voir en lui des choses que je suis le seul à discerner, que j’ai une idée de lui, de comment il faut le filmer et l’habiller, le faire marcher. Il y a une certaine fierté à révéler cette sorte de part cachée. Et, en préparation d’un tournage, j’effectue toujours cette opération d’amour qui consiste à troquer le personnage écrit, sa version rêvée, contre le personnage réel, c’est-à-dire l’acteur.

M.M. : Ce qui m’a le plus surpris dans le film fini, c’est sa sensualité, le fait que l’on puisse sentir, respirer la texture même de chaque chose filmée : les visages, la fatigue, le paysage, l’odeur des chevaux, les mouches, la poussière. C’est l’essentiel au cinéma : parvenir à faire exister ce sur quoi l’on porte son regard. Il y avait comme une alliance entre Arnaud et moi sur le tournage, je n’avais pas le sentiment d’être regardé, ni d’avoir à jouer. Il a cette capacité à nous placer au centre de situations où l’on peut librement composer avec les éléments, la température, les obstacles, plutôt qu’avec la caméra. C’est ce que l’on peut m’offrir de mieux. En toute humilité, l’une des choses que je chéris le plus chez un acteur, et mon souci principal dans mon métier, c’est le fait d’exister dans les plans, y inventer son espace, sans nécessairement y faire grand-chose, sans songer à la caméra. Je crois que je ne suis pas trop mauvais à cela et que c’est ce qui a pu te plaire chez moi, alors que je ne parlais pas la langue et que je ne savais pas monter à cheval. Et puis, j’en reviens à la nécessité, mais il fallait que je sois suffisamment bon cavalier pour le rôle, et quand tu m’as filmé en train de chevaucher, j’ai été infiniment meilleur que lors des répétitions. Parce que, pendant cinq minutes, j’oubliais le cheval et il fallait simplement que je sois Michael Kohlhaas.

A.d.P. : Lorsque nous nous sommes rencontrés et que je t’ai demandé si tu te sentais capable de monter à cheval et de parler français, tu m’as simplement dit : «Quand je joue, je sais tout faire.»

(1) Film soviétique d’Elem Klimov (1984).


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MessagePosté le: 14 Aoû 2013 14:28    Sujet du message: Répondre en citant

Leo a écrit:
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Pour Keizer

Libération a écrit:


Interview. Mads Mikkelsen et Arnaud des Pallières échangent leurs impressions sur leur rencontre et le tournage du film :
Recueilli par Julien Gester

Quelques semaines après le dernier Festival de Cannes, où Michael Kohlhaas fut présenté en compétition, Arnaud des Pallières, cinéaste français, appelle Mads Mikkelsen, acteur danois, pour une heure et demie d’échanges Skype tendus entre un bureau parisien et un jardin à Copenhague. Les deux hommes se remémorent comment le film est né de l’intensité d’une rencontre. Libération a glissé son dictaphone dans la conversation.

Mads Mikkelsen : J’ai reçu le scénario en anglais de Michael Kohlhaas et une longue lettre d’Arnaud, il y a quelques années. J’avais trouvé le projet extrêmement radical, et très intrigant. Il y avait des choses très entêtantes dans ce que j’avais lu, j’avais beaucoup de questions, et j’ai déjeuné avec Arnaud et son producteur, Serge Lalou, à Copenhague. Ce fut une rencontre très intense, même si Arnaud n’a presque pas parlé, et j’ai ressenti beaucoup de sincérité dans l’expression d’une nécessité pour lui de faire ce film. Pas un désir, mais une nécessité. C’est suffisamment rare pour que cela m’ait marqué.

Arnaud des Pallières : Si j’étais silencieux, c’est que j’étais en phase d’observation. Pour tous les rôles de mes films, surtout les plus importants, j’essaie de composer les personnages à mi-chemin entre ce que j’ai écrit et la singularité de l’acteur qui l’incarne. Je savais que si Mads tenait le rôle, il allait apporter une part importante de sa personne, et j’avais besoin de savoir si j’allais pouvoir l’aimer, car j’ai besoin d’aimer les gens avec qui je travaille pour pouvoir les laisser envahir le film, les placer dans des situations documentaires à l’intérieur de la fiction. J’avais seulement le temps de ce déjeuner pour décider si ce serait bien toi, et j’étais donc très tendu et en retrait, à te scruter. Je me rappelle qu’une relation très immédiatement intense s’est mise en place. Et Serge m’a fait remarquer ensuite : «Tu as vu, cet homme n’a parlé que du projet, jamais du personnage.»

Il y avait quelque chose de sérieux, d’engagé, et d’incroyablement peu narcissique dans ton approche du travail. Cela m’a évidemment beaucoup emporté.

M.M. : Je partage cette idée que l’acteur n’est pas seulement quelqu’un qui est susceptible de jouer d’autres personnes. Le principal trait d’un acteur de cinéma, c’est sa présence. Même quand vous êtes capable de tout jouer, intervient toujours quelque chose de fondamental qui n’a pas trait au jeu, et auquel tous les réalisateurs ne prêtent pas attention, qui a à voir avec une personnalité, une énergie, des qualités personnelles. De la même façon, je n’ai pas demandé à Arnaud comment il avait l’intention de faire le film, mais j’ai aimé sa passion dans la manière dont il défendait son projet, le caractère rude, abrupt, de son personnage et de son scénario.

A.d.P. : Tu avais aussi toujours le souci de défendre le personnage et ce qui l’entoure, de ne pas le couper de l’attention et de l’amour du spectateur. Il y a chez toi quelque chose d’absolument sérieux, de pas du tout romantico-artistique dans l’entreprise de faire un film. Et j’aime beaucoup cela, le fait que tu étais le grand frère raisonnable du film, celui qui pointait les faux raccords alors que l’on s’en foutait. Par ailleurs, tu m’as souvent réclamé des explications, des justifications à l’attitude de Kohlhaas, que je refusais de te fournir. Alors, tu me demandais de t’en inventer afin que tu puisses te reposer sur quelque chose de concret et d’intime qui te permette de travailler ; cela changeait tout, et jamais un acteur ne m’avait demandé ça. Ce qui me sidère encore, c’est qu’alors que je t’avais vu dans tous tes rôles, tu t’es engagé sur le projet sans avoir vu un seul de mes films, sur la seule foi du scénario…

M.M. : Non, pas le scénario. C’est la première rencontre, ta radicalité, la manière dont tu as répondu à mes questions, à mes doutes. De ne pas me dire : «Oui, c’est intéressant», comme font les gens d’habitude, juste : «C’est comme ça que je veux faire.» Un peu comme maintenant : on discute calmement, mais tu es à deux doigts de hurler à deux centimètres de la webcam (rires).

A.d.P. : Mais si tu n’as pas cherché à regarder un seul film, ne serait-ce que par précaution, pour te rassurer, comment savais-tu que j’étais capable de faire un film ?

M.M. : Je ne sais pas, je ne peux pas répondre à ça. Peut-être que cela ne m’importait pas. Je crois que j’étais convaincu que tu pouvais faire ce film-là.

A.d.P. : Tu es fou !

M.M. : Quel était le risque ? Personne n’en serait mort, si ça n’avait pas bien fonctionné. Il ne s’agissait pas de te confier la conduite d’un car scolaire, juste de tourner un long métrage ensemble. Et puis, personne d’autre que toi n’allait réaliser ce film, non ? Et comme je voulais vraiment le faire… J’avais le sentiment que je pouvais apprendre quelque chose si je te regardais mettre en œuvre ton projet sans poser trop de questions. Je ne me suis pas interrogé, comme peuvent le faire les journalistes à présent que le film est fait, sur l’opportunité d’adapter en 2013 le roman de Kleist, que je n’ai toujours pas lu, d’ailleurs. Pourquoi le faire maintenant ? Est-ce que cela a quelque chose à voir avec le terrorisme, la guerre, le 11 Septembre ? Cela ne m’intéresse pas, si l’on répond à ces questions tout devient simpliste, banal. Quand on regarde Requiem pour un massacre (1)ou Apocalypse Now, ce ne sont pas des œuvres importantes parce qu’elles illustrent des faits de guerre, mais parce qu’elles élaborent une complexité irréductible à toute analogie étroite. On ne réalise pas des films pour faire des parallèles entre telle histoire et telle actualité. Avoir un point de vue ne fait pas un film, tout au plus une note d’intention, ou un article dans le journal. Le cinéma, c’est autre chose et, si je peux me permettre, cela dépasse largement le fait d’exprimer ce que l’on a à dire. C’est affaire de puissance du regard, de nécessité dans le présent, et avec Arnaud j’ai ressenti ces choses-là, cela m’a suffi. Le reste… Le reste n’est pas simple mais, de mon point de vue, ça n’est jamais que quelque chose qu’il faut faire avec la caméra (rires).

A.d.P. : C’est fou comme cette nécessité dont tu parles, au fond, c’est Kohlhaas. C’est une forme de récompense pour moi que d’être venu te chercher toi, pour jouer ce personnage qui répond aux situations exactement comme tu le fais maintenant aux questions : «Je ne peux pas expliquer pourquoi je fais cela, je le fais parce que je sens que c’est juste, parce que je sais que c’est bien, parce que c’est nécessaire.» J’attache un soin immense au choix d’un acteur, même pour un second rôle, même pour un figurant, au grand dam de ma directrice de casting. Parce qu’un interprète mal choisi peut être une épine qui se plante dans le pied d’un film, il peut le bousiller de l’intérieur. Et, à chaque fois que je désire fortement travailler avec un acteur, comme ce fut le cas avec toi, c’est que j’ai l’impression de voir en lui des choses que je suis le seul à discerner, que j’ai une idée de lui, de comment il faut le filmer et l’habiller, le faire marcher. Il y a une certaine fierté à révéler cette sorte de part cachée. Et, en préparation d’un tournage, j’effectue toujours cette opération d’amour qui consiste à troquer le personnage écrit, sa version rêvée, contre le personnage réel, c’est-à-dire l’acteur.

M.M. : Ce qui m’a le plus surpris dans le film fini, c’est sa sensualité, le fait que l’on puisse sentir, respirer la texture même de chaque chose filmée : les visages, la fatigue, le paysage, l’odeur des chevaux, les mouches, la poussière. C’est l’essentiel au cinéma : parvenir à faire exister ce sur quoi l’on porte son regard. Il y avait comme une alliance entre Arnaud et moi sur le tournage, je n’avais pas le sentiment d’être regardé, ni d’avoir à jouer. Il a cette capacité à nous placer au centre de situations où l’on peut librement composer avec les éléments, la température, les obstacles, plutôt qu’avec la caméra. C’est ce que l’on peut m’offrir de mieux. En toute humilité, l’une des choses que je chéris le plus chez un acteur, et mon souci principal dans mon métier, c’est le fait d’exister dans les plans, y inventer son espace, sans nécessairement y faire grand-chose, sans songer à la caméra. Je crois que je ne suis pas trop mauvais à cela et que c’est ce qui a pu te plaire chez moi, alors que je ne parlais pas la langue et que je ne savais pas monter à cheval. Et puis, j’en reviens à la nécessité, mais il fallait que je sois suffisamment bon cavalier pour le rôle, et quand tu m’as filmé en train de chevaucher, j’ai été infiniment meilleur que lors des répétitions. Parce que, pendant cinq minutes, j’oubliais le cheval et il fallait simplement que je sois Michael Kohlhaas.

A.d.P. : Lorsque nous nous sommes rencontrés et que je t’ai demandé si tu te sentais capable de monter à cheval et de parler français, tu m’as simplement dit : «Quand je joue, je sais tout faire.»

(1) Film soviétique d’Elem Klimov (1984).


J'adore ces échanges

- "T'es un génie."

- "Non, toi t'es un génie, moi, je réfléchis pas, je ressens, t'ois."

- "C'est exactement ça le cinéma/la musique/la littérature, parce qu'on est des putain de génies et qu'on s'aime."


T'es un peu dur, Leo.

Je ne connais aucun des deux protagonistes, mais j'ai bien aime les premieres reponses du Danois, qui montrent une certaine exigence artistique de l'acteur mais aussi le fait qu'il ne fait que du cinema, et il le fait sans jamais parler de lui-meme.

Le francais, en revanche, m'a beaucoup moins convaincu. Mais il etait peut etre en promo.
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MessagePosté le: 14 Aoû 2013 14:44    Sujet du message: Répondre en citant

Leo a écrit:
N° 14 a écrit:
Leo a écrit:
Bernard Fat a écrit:
Pour Keizer

Libération a écrit:


Interview. Mads Mikkelsen et Arnaud des Pallières échangent leurs impressions sur leur rencontre et le tournage du film :
Recueilli par Julien Gester

Quelques semaines après le dernier Festival de Cannes, où Michael Kohlhaas fut présenté en compétition, Arnaud des Pallières, cinéaste français, appelle Mads Mikkelsen, acteur danois, pour une heure et demie d’échanges Skype tendus entre un bureau parisien et un jardin à Copenhague. Les deux hommes se remémorent comment le film est né de l’intensité d’une rencontre. Libération a glissé son dictaphone dans la conversation.

Mads Mikkelsen : J’ai reçu le scénario en anglais de Michael Kohlhaas et une longue lettre d’Arnaud, il y a quelques années. J’avais trouvé le projet extrêmement radical, et très intrigant. Il y avait des choses très entêtantes dans ce que j’avais lu, j’avais beaucoup de questions, et j’ai déjeuné avec Arnaud et son producteur, Serge Lalou, à Copenhague. Ce fut une rencontre très intense, même si Arnaud n’a presque pas parlé, et j’ai ressenti beaucoup de sincérité dans l’expression d’une nécessité pour lui de faire ce film. Pas un désir, mais une nécessité. C’est suffisamment rare pour que cela m’ait marqué.

Arnaud des Pallières : Si j’étais silencieux, c’est que j’étais en phase d’observation. Pour tous les rôles de mes films, surtout les plus importants, j’essaie de composer les personnages à mi-chemin entre ce que j’ai écrit et la singularité de l’acteur qui l’incarne. Je savais que si Mads tenait le rôle, il allait apporter une part importante de sa personne, et j’avais besoin de savoir si j’allais pouvoir l’aimer, car j’ai besoin d’aimer les gens avec qui je travaille pour pouvoir les laisser envahir le film, les placer dans des situations documentaires à l’intérieur de la fiction. J’avais seulement le temps de ce déjeuner pour décider si ce serait bien toi, et j’étais donc très tendu et en retrait, à te scruter. Je me rappelle qu’une relation très immédiatement intense s’est mise en place. Et Serge m’a fait remarquer ensuite : «Tu as vu, cet homme n’a parlé que du projet, jamais du personnage.»

Il y avait quelque chose de sérieux, d’engagé, et d’incroyablement peu narcissique dans ton approche du travail. Cela m’a évidemment beaucoup emporté.

M.M. : Je partage cette idée que l’acteur n’est pas seulement quelqu’un qui est susceptible de jouer d’autres personnes. Le principal trait d’un acteur de cinéma, c’est sa présence. Même quand vous êtes capable de tout jouer, intervient toujours quelque chose de fondamental qui n’a pas trait au jeu, et auquel tous les réalisateurs ne prêtent pas attention, qui a à voir avec une personnalité, une énergie, des qualités personnelles. De la même façon, je n’ai pas demandé à Arnaud comment il avait l’intention de faire le film, mais j’ai aimé sa passion dans la manière dont il défendait son projet, le caractère rude, abrupt, de son personnage et de son scénario.

A.d.P. : Tu avais aussi toujours le souci de défendre le personnage et ce qui l’entoure, de ne pas le couper de l’attention et de l’amour du spectateur. Il y a chez toi quelque chose d’absolument sérieux, de pas du tout romantico-artistique dans l’entreprise de faire un film. Et j’aime beaucoup cela, le fait que tu étais le grand frère raisonnable du film, celui qui pointait les faux raccords alors que l’on s’en foutait. Par ailleurs, tu m’as souvent réclamé des explications, des justifications à l’attitude de Kohlhaas, que je refusais de te fournir. Alors, tu me demandais de t’en inventer afin que tu puisses te reposer sur quelque chose de concret et d’intime qui te permette de travailler ; cela changeait tout, et jamais un acteur ne m’avait demandé ça. Ce qui me sidère encore, c’est qu’alors que je t’avais vu dans tous tes rôles, tu t’es engagé sur le projet sans avoir vu un seul de mes films, sur la seule foi du scénario…

M.M. : Non, pas le scénario. C’est la première rencontre, ta radicalité, la manière dont tu as répondu à mes questions, à mes doutes. De ne pas me dire : «Oui, c’est intéressant», comme font les gens d’habitude, juste : «C’est comme ça que je veux faire.» Un peu comme maintenant : on discute calmement, mais tu es à deux doigts de hurler à deux centimètres de la webcam (rires).

A.d.P. : Mais si tu n’as pas cherché à regarder un seul film, ne serait-ce que par précaution, pour te rassurer, comment savais-tu que j’étais capable de faire un film ?

M.M. : Je ne sais pas, je ne peux pas répondre à ça. Peut-être que cela ne m’importait pas. Je crois que j’étais convaincu que tu pouvais faire ce film-là.

A.d.P. : Tu es fou !

M.M. : Quel était le risque ? Personne n’en serait mort, si ça n’avait pas bien fonctionné. Il ne s’agissait pas de te confier la conduite d’un car scolaire, juste de tourner un long métrage ensemble. Et puis, personne d’autre que toi n’allait réaliser ce film, non ? Et comme je voulais vraiment le faire… J’avais le sentiment que je pouvais apprendre quelque chose si je te regardais mettre en œuvre ton projet sans poser trop de questions. Je ne me suis pas interrogé, comme peuvent le faire les journalistes à présent que le film est fait, sur l’opportunité d’adapter en 2013 le roman de Kleist, que je n’ai toujours pas lu, d’ailleurs. Pourquoi le faire maintenant ? Est-ce que cela a quelque chose à voir avec le terrorisme, la guerre, le 11 Septembre ? Cela ne m’intéresse pas, si l’on répond à ces questions tout devient simpliste, banal. Quand on regarde Requiem pour un massacre (1)ou Apocalypse Now, ce ne sont pas des œuvres importantes parce qu’elles illustrent des faits de guerre, mais parce qu’elles élaborent une complexité irréductible à toute analogie étroite. On ne réalise pas des films pour faire des parallèles entre telle histoire et telle actualité. Avoir un point de vue ne fait pas un film, tout au plus une note d’intention, ou un article dans le journal. Le cinéma, c’est autre chose et, si je peux me permettre, cela dépasse largement le fait d’exprimer ce que l’on a à dire. C’est affaire de puissance du regard, de nécessité dans le présent, et avec Arnaud j’ai ressenti ces choses-là, cela m’a suffi. Le reste… Le reste n’est pas simple mais, de mon point de vue, ça n’est jamais que quelque chose qu’il faut faire avec la caméra (rires).

A.d.P. : C’est fou comme cette nécessité dont tu parles, au fond, c’est Kohlhaas. C’est une forme de récompense pour moi que d’être venu te chercher toi, pour jouer ce personnage qui répond aux situations exactement comme tu le fais maintenant aux questions : «Je ne peux pas expliquer pourquoi je fais cela, je le fais parce que je sens que c’est juste, parce que je sais que c’est bien, parce que c’est nécessaire.» J’attache un soin immense au choix d’un acteur, même pour un second rôle, même pour un figurant, au grand dam de ma directrice de casting. Parce qu’un interprète mal choisi peut être une épine qui se plante dans le pied d’un film, il peut le bousiller de l’intérieur. Et, à chaque fois que je désire fortement travailler avec un acteur, comme ce fut le cas avec toi, c’est que j’ai l’impression de voir en lui des choses que je suis le seul à discerner, que j’ai une idée de lui, de comment il faut le filmer et l’habiller, le faire marcher. Il y a une certaine fierté à révéler cette sorte de part cachée. Et, en préparation d’un tournage, j’effectue toujours cette opération d’amour qui consiste à troquer le personnage écrit, sa version rêvée, contre le personnage réel, c’est-à-dire l’acteur.

M.M. : Ce qui m’a le plus surpris dans le film fini, c’est sa sensualité, le fait que l’on puisse sentir, respirer la texture même de chaque chose filmée : les visages, la fatigue, le paysage, l’odeur des chevaux, les mouches, la poussière. C’est l’essentiel au cinéma : parvenir à faire exister ce sur quoi l’on porte son regard. Il y avait comme une alliance entre Arnaud et moi sur le tournage, je n’avais pas le sentiment d’être regardé, ni d’avoir à jouer. Il a cette capacité à nous placer au centre de situations où l’on peut librement composer avec les éléments, la température, les obstacles, plutôt qu’avec la caméra. C’est ce que l’on peut m’offrir de mieux. En toute humilité, l’une des choses que je chéris le plus chez un acteur, et mon souci principal dans mon métier, c’est le fait d’exister dans les plans, y inventer son espace, sans nécessairement y faire grand-chose, sans songer à la caméra. Je crois que je ne suis pas trop mauvais à cela et que c’est ce qui a pu te plaire chez moi, alors que je ne parlais pas la langue et que je ne savais pas monter à cheval. Et puis, j’en reviens à la nécessité, mais il fallait que je sois suffisamment bon cavalier pour le rôle, et quand tu m’as filmé en train de chevaucher, j’ai été infiniment meilleur que lors des répétitions. Parce que, pendant cinq minutes, j’oubliais le cheval et il fallait simplement que je sois Michael Kohlhaas.

A.d.P. : Lorsque nous nous sommes rencontrés et que je t’ai demandé si tu te sentais capable de monter à cheval et de parler français, tu m’as simplement dit : «Quand je joue, je sais tout faire.»

(1) Film soviétique d’Elem Klimov (1984).


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MessagePosté le: 23 Aoû 2013 9:21    Sujet du message: Répondre en citant

Il serait dommage de juger le film sur la foi d'une discussion entre membres de l'équipe car c'est un beau film. Mads Mikkelsen, qui est de toute les scènes, est admirable et la gamine joue fort bien également. Quelques séquences très belles, la nature est très très bien filmée.
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