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La compil' du cadavre

 
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MajorFatal
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MessagePosté le: 11 Avr 2003 15:41    Sujet du message: La compil' du cadavre Répondre en citant

:arrow: 1. Impromptu téléphonique

DRRRIIIIIIIIINNNNNNNNNNNGGGG ! DRRRIIIIIIIIINNNNNNNNNNNGGGG !
D’abord, la sonnerie du vieux téléphone à cadran ne fut qu’un lointain bourdonnement dans son cerveau imbibé de sommeil et d’alcool, puis elle se précisa jusqu’à lui faire l’effet d’un fer à souder fouillant les moindres recoins de son crâne. Putain, quelle gueule de bois… Brouche jeta un regard vitreux sur les cadavres de bouteilles jonchant son bureau, eut un léger haut-le-cœur, et dans un effort surhumain, finit par ordonner mentalement à sa main de se saisir du téléphone. Par un de ces miracles que la nature affectionne et renouvelle sans cesse, elle décida de lui obéir, après un long moment d’hésitation.
- Private Brouche, au rapport ! Qui est à l’appareil ? lâcha-t-il d’une voix pâteuse…
- Ici la commissaire divisionnaire Renée Leys. Vous m’avez encore l’air dans un sacré état, je vous réveille, Broucho ?
- Mais, pas du tout, madame la commissaire. Je suis en pleine forme, je bouillonne d’énergie, je resplendis de santé…
- Oui, ça s’entend à votre voix… Bon, pourriez-vous retrouver un semblant d’apparence humaine et passer me voir à mon bureau ? J’ai à vous parler.
- D’accord, madame la commissaire. En début d’après-midi, ça vous ira ? Disons dans deux heures, après le déjeuner…
- Entendu, je vous attends tout à l’heure ! Ne vous perdez pas en route, souffla-t-elle avant de raccrocher.
Brouche se gratta lentement l’aisselle gauche, ce qui traduisait chez lui un vague sentiment de perplexité, surtout au réveil. Puis, au prétexte qu’il faut soigner le mal par le mal et qu’on ne travaille pas bien le ventre vide, il décida d’aller au bistrot du coin s’envoyer un plateau de fruits de mer avec un petit blanc qui cogne, avant de rendre visite à la patronne de la flicaille parisienne…

Vers 14 heures, légèrement bourré mais très digne, il se présentait devant la commissaire divisionnaire Renée Leys, sa selle de vélo sous le bras.
- Bonjour Brouche ! Vous continuez de vous déplacer en bicyclette ? Parfois, je me demande si c’est bien prudent, autant pour vous que pour les autres… on est à la limite de la non-assistance à personne en danger, là.
- Madame la commissaire, vous m’avez fait venir pour me parler de mon coup de pédale légendaire ?
- Pas du tout, Brouche. J’ai du travail pour vous, c’est votre jour de chance !
- Tiens, c’est nouveau ça, que la maison poulaga fasse appel aux services d’un privé, même quand il s’agit d’un ancien…
- Je n’ai pas vraiment le choix, Brouche. Comme vous le savez, notre nouveau ministre est du genre hystérique, et je n’ai jamais assez d’hommes sous la main pour être partout à la fois, comme il nous le réclame à longueur de journées… Ne serait-ce que pour les troupes qu’il mobilise pour poser avec lui sur les photos, on n’a déjà plus assez d’effectifs… Bon, venons-en fait : je vous propose une petite filature, quelque chose dans vos cordes, une surveillance discrète dans Paris. Mais attention, Brouche, avec doigté, tout en douceur !
- Vous pouvez me faire confiance, madame la commissaire ! Le doigté, c’est mon affaire, ma spécialité même, d’ailleurs c’est exactement ce que me disait, hier soir encore, la serveuse du Banana’s Bar. Vous pouvez aller lui demander, je ne sais pas si vous connaissez l’endroit, mais c’est très…
- Suffit, Brouche, épargnez-moi vos aventures nocturnes. Voilà de quoi il s’agit : un certain Enzo El Principe, ainsi qu’il se fait appeler, séjourne actuellement dans la capitale. C’est un Uruguayen, ancien joueur professionnel de pelote, qui a écumé tous les frontons du continent sud-américain et des Etats-Unis.
- Un joueur de cartes ?
- Mais non, de pelote, pas de belote ! Vous le faîtes exprès, Brouche, ou vous êtes réellement abruti ? Bon, il est facile à repérer : la trentaine classe, type sud-américain, toujours très élégant. Aujourd’hui, il se présente comme un agent de joueurs de foot, mais on ne sait pas trop ce qu’il traficote… Ah, oui, un autre détail : il est accompagné en permanence d’une superbe fausse blonde colombienne, un peu le style Shakira… Méfiez-vous, car on soupçonne cette belle potiche latine au pedigree inconnu d’être en réalité un redoutable garde du corps… Un instant, excusez-moi Brouche…

La sonnerie du téléphone éveilla un douloureux souvenir matinal dans le cerveau reptilien du détective privé, les mains soudain crispées sur sa selle de vélo …

- Ecoutez, vous croyez vraiment qu’on n’a que ça à faire ? Vous ne trouvez pas qu’il y a déjà assez d’emmerdements comme ça sans en rajouter ? Bon, d’accord, d’accord, dîtes au ministre que je m’en occupe et que je vous tiens au courant… Quelle bande de dégénérés, pesta-t-elle en raccrochant.
- Un souci, madame la commissaire ? demanda Brouche, un sourire idiot accroché aux lèvres.
- Pff, un petit rigolo a taggé « Kamoulox vaincra » sur les murs du ministère cette nuit, et nos grandes têtes pensantes se demandent s’il ne s’agit pas de l’émergence d’un nouveau groupuscule révolutionnaire… Il faut vraiment se les fader, je vous jure ! Bon revenons-en à nos moutons… Enzo El Principe semble être à Paris dans un seul but : rencontrer Leo de la Mancha, éleveur de toros de combats de son état, qui donne aussi occasionnellement dans le joueur de foot de seconde zone… mais toutes ses activités reconnues ne sont que d’aimables enfantillages, à côté de celles, occultes et beaucoup plus rémunératrices, qu’il mène en Espagne. Ce charmant monsieur commerce dans à peu près tout ce qu’il y a de plus illégal, mais on a jamais réussi à le coincer. Paraît qu’il aurait même les faveurs du roi, rapport à une vieille dette, une histoire assez nébuleuse ! Mais on ne désespère pas de le serrer… Voilà, vous savez tout. Et voici l’adresse du palace où réside notre princier Uruguayen, mettez-vous sur le coup tout de suite, et n’oubliez pas de me tenir au courant.
- Euh… et au niveau financier, madame la commissaire ?
- Brouche, ça va, je connais vos tarifs, on va tâcher de s’aligner. Mais essayez de ne pas trop forcer sur les notes de frais, hein, surtout du côté du zinc… Allez, ouste, du balai, de l’air, disparaissez, je ne veux plus vous voir ! Et surtout, ne les perdez pas de vue !


:arrow: 2. La feinte dite du "pequeño tunnel"

Brouche avait encore réussi à bien berner cette vieille carne de René Leys. En se faisant passer pour un fêtard impénitent, il savait que ce vieux fonctionnaire plus proche de la retraite que de la première communion ne pourrait jamais se douter qu’il avait à faire au top du top des services secrets du monde et de l’univers tout entier.
Il venait encore, l’air de rien, de récolter un maximum d’informations pour poursuivre son enquête au sujet d’El Tolosan alias Major F. qui avait infiltré depuis quelque
temps un établissement gay de la région toulousaine tenu par un certain Patrick Soula, le tout pour le compte d’une quiche lorraine dont le nom de code, coïncidence amusante, était le même que celui de la régulière de Brouche : Maman.
La piste de Leo de la Mancha avancée par le René Leys n'était, bien entendu, ni plus ni moins qu’un leurre connu de tous comme la feinte " pequeno tunel " au sujet de laquelle aucun être ayant un minimum de sens ne pouvait être dupe. Il ne porta donc aucune attention à ce subterfuge.
Par contre, la présence dans le topo d’Enzo el Principe l’inquiéta d’avantage. Ne s’agissait-il pas de la filière transsexuelle sud-américaine bien connue pour ses " relations perverses " avec le milieu marseillais et, en particulier, avec les joueurs de l’OM qui avaient pris pour habitude de se consoler dans les bras de travestis de leurs sempiternelles et incessantes défaites contre le PSG ?
Or, l’établissement fréquenté par Major F. était bien connu des services de police pour faciliter l’intégration des dits travestis.
Tout s’enchaînait.
Brouche pris son téléphone , composa un numéro secret et prononça le mot de passe " allo brennus ".
" Vous devez faire erreur " lui répondit une voix de canard à l’accent auvergnat.
Damned le code avait encore changé. Il fallait désormais contacter l’indic pleutre Vamos la flipette. Pas d’autre solution Brouche se rendit dans le Kop de Boulogne pour en retrouver le légendaire leader Tessacha.


:arrow: 3. Brouche, l'homme qui en savait trop

La journée avait été difficile pour Gigantic. Apres avoir passé la nuit a analyser Mulholland Drive image par image en prenant des acides, il s'était trainé peniblement au bureau des 11 heures, les paupieres tombantes. Brouche avait laissé un mot en évidence, faisant vaguement allusion a la filature d'un maquereau uruguayen, Enzo el Principe. Le message aurait été plus lisible si le patron n'avait pas renversé dessus une demi-bouteille de Jack Daniel's.

Profitant de sa liberté, Gigantic décida de s'octroyer une petite sieste bien méritée. Il fut réveillé en fin d'apres-midi par la sonnerie stridente du téléphone :

"Mouais.
- Monsieur Gigantic ?
- C'est moi.
- Commissaire Baygonsec a l'appareil. Vous etes bien l'adjoint de Mr Brouche ?
- J'ai cette malchance, oui.
- Votre patron vient d'etre retrouve mort chez lui. Assassiné.
- Sans blague ! Euh, je veux dire, quelle horreur !
- Je vous attends. C'est 8, rue Safet Susic".

L'ascenseur se hissa péniblement jusqu'au quatrieme etage, et la porte s'ouvrit. Le couloir etait plein de flics en uniforme, et de voisins venus en curieux. Gigantic avisa un jeune agent qui avait l'air un peu plus éveillé que ses collegues :

"Je suis l'adjoint de la victime, je voudrais voir le commissaire Baygonsec, s'il vous plait.
- Le commissaire est parti, il avait un rendez-vous tres urgent chez le coiffeur. Vous voulez des détails sur le meurtre ? Je vais appeler le légiste. Professeur Zozo !"

Gigantic fut obligé de s'accroupir pour serrer la main du légiste. Petit et chafouin, le professeur Zozo ressemblait a un curieux croisement entre Gollum et le croque-mort de Lucky Luke. Son haleine puait le formol, et il était affligé d'un léger bégaiement.

"Votre patron a été t-t-tué d'une maniere assez horrible, je dois l'a-a-avouer ... Apparemment, on l'a d'abord etouffé avec une éch-écha-écharpe du PSG, avant de lui ouvrir le crane avec un objet lourd aux bords tranchants. Il a du mourir tres len-len-lentement, mais bizarrement il n'y a eu aucune projection de cervelle dans la piece.
- Vous ne trouveriez pas cela bizarre si vous l'aviez connu, croyez moi. D'autres indices ?
- Non. Par contre, on a retrouvé dans ses affaires une boite qui vous était destinée, apparemment votre patron vous a légué tout ce qu'il possédait.
- Pourtant, je croyais qu'il avait une femme et une fille.
- D'apres nos renseignements, elles seraient parties en Amerique du Sud il y a quelques années pour lui échapper. En changeant de nom, evidemment."

Le jeune détective monta dans sa vieille Renault, et retourna a l'agence. Intense dans Paris a l'heure de la sortie des bureaux, la circulation aurait du mobiliser toute son attention, mais il ne pensait qu'a la boite. Que contenait-elle ? De l'argent peut-etre, les 100 sacs que Brouche lui avait empruntés il y a six mois pour payer sa "reguliere", une fille qu'il faisait passer pour sa fiancée, mais qu'il avait en fait rencontré a OL Trottoir en menant une enquete dans le Sud. Ou des renseignements confidentiels sur les affaires en cours ? La veille de sa mort, entre deux éructations avinées, Brouche lui avait confié etre sur "un tres gros coup .... hips".

La boite était en carton, et faisait soixante centimetres par trente. C'était donc la tout ce qui restait de Brouche ... Il l'ouvrit avec appréhension. Pas un billet, pas un cheque : la boite ne contenait que des babioles sans intéret, une vieille image Panini de Jean-Marc Pilorget, une chaussette (sale) du PSG, une photo d'Enzo Francescoli extraite de L'Equipe et entourée au crayon rouge. Le dernier objet attira son attention : c'était un ticket de Loto Foot, validé dans un bar de Vincennes. Au petit Chalana : quel nom ridicule ! Il faudrait y faire un tour, peut-etre le patron y avait-il ses habitudes. En rangeant le ticket dans la boite, Gigantic ne put retenir un rire hilare en voyant le premier pronostic : "PSG - Rennes 5-0". Le vieil imbécile n'avait jamais su trouver un résultat correct a ce jeu.

Une heure plus tard, le jeune détective était plongé dans un profond sommeil, que meme le choc au sommet de la L1, Ajaccio-Troyes, n'avait pu retarder. Le bruit aigu de la sonnette le tira des bras de Morphée. C'était la concierge.
"Monsieur Gigantic ? Le facteur a laissé un paquet pour Monsieur Brouche cet apres-midi, je vous l'amene."

Il ouvrit le paquet, s'attendant avec lassitude a tomber sur un de ces fanzines pornographiques que Brouche se faisait livrer a l'agence. Le paquet renfermait un livre d'un certain Professeur Aroner, intitulé Exégese des Cahiers du Football : vers une analyse tolkenienne des runes elfiques gravés dans le marbre du jeu de balle par les crypto-marxisants de la secte Attalique (1997-2003). Pourquoi Brouche avait-il donc commandé un ouvrage au titre aussi abscons ? Il parcourut machinalement l'index du livre, quand son sang ne fit qu'un tour : il venait de reconnaitre un nom, puis un autre, et encore un autre. Et meme a un endroit le nom de Brouche, auquel de nombreuses pages faisaient apparemment référence. Il se dirigea vers l'armoire du bureau afin d'y chercher un dossier : apres quelques minutes, il finit par trouver le bon document, caché derriere plusieurs bouteilles d'alcool (vides). MickaelMadar, FranckPriou, MerciLilian : les noms du dossier "Homicides inexpliqués - CDF" collaient avec ceux du livre. Tous morts mystérieusement, comme Brouche. Le mystere s'épaississait ...


:arrow: 4. Brouche ressuscite

Caché derrière les rideaux d'une chambre de bonne, au sixième étage d'un vieil immeuble haussmanien, Brouche observait avec une certaine jubilation la scène qui se déroulait dans son appartement, de l'autre côté de la rue. Une paire de jumelles collées à ses yeux fatigués, il s'amusait à suivre les déambulations de ces imbéciles de policiers.

Il connaissait bien le Commissaire Baygonsec, qu'il croisait à l'occasion dans une boîte homo de St Etienne, le "Magic Fans". Le bonhomme, particulièrement discret en public, s'adonnait dans ce lieu de perdition aux pires des dérives sexuelles : il était réputé dans le milieu pour subir avec un certain plaisir la "levrette bordelaise". Cette position sexuelle avilissante nécessitait la participation de pas moins de quatre molosses d'une étrange secte, dont le signe de ralliement semblait être un scapulaire tatoué sur la fesse droite.

Quant à son adjoint, Gigantic ("L'homme à la Fuego", comme le surnommait le milieu), ce n'était qu'un jeune imbécile fraîchement émoulu de Sciences Cri. Ses dents rayaient le plancher, ce qui avait le don d'énerver Brouche, qui n'en avait plu. Malgré tout, notre homme souriait. Car il imaginait déjà le jeune loup prétentieux en train d'ouvrir, fébrile, la boîte en carton qu'il avait laissé pour lui : "Ce crétin pré-pubère va mordre à l'hameçon dès qu'il aura soulevé le couvercle", pensa-t-il avec un air malicieux. "Même ce billet de Loto Foot lui semblera crédible : il n'a jamais su faire la différence entre un joueur du stade rennais et un footballeur".

Surtout, Brouche vivait cette cocasse situation avec un certain ravissement. Il savait bien que cet endroit miteux, acheté à un vieillard il y a un peu plus de trois ans contre deux caisses de poisson pané "Captain Igloo 20 ans d'âge" lui servirait un jour. Il souriait encore. Car il savait aussi qu'un jour ou l'autre, l'un de ses nombreux sosies trinquerait à sa place pour l'une de ses arnaques. Ou l'une de ses frasques sexuelles, c'était selon. Il se souvint tout à coup de l'annonce qu'il avait passé dans "le Kamoulox Libéré", il y avait cinq ans de cela : "Agence Bodyguard rech. pour protec. rapprochée hom. taille moy., bedonnant, cheveux grisonnants ". Trois jours plus tard, cinq personnes s'était présentées. Celui qui gisait dans son appartement s'appelait Ze Mayor Queen. A l'époque, il était plus jeune et plus mince que Brouche. Mais trois petites opérations de chirurgie esthétique plus tard, l'homme avait pris quinze ans et autant de centimètres de tour de ventre. Sans parler de ses abus de Manzana, qu'il buvait comme de l'Evian, et qui avait transformé son visage angélique d'antan en face de clochard accro à la Villageoise. Bref, Ze Mayor Queen était devenu la parfaite réplique de Brouche. Et il baignait désormais dans son sang, sur le parquet de l'appartement.

Brouche attendit que les derniers policiers s'éclipsent. Il dévala quatre à quatre les escaliers et enfourcha le vélo tout neuf qu'il venait de s'acheter. Il avait fallu dire adieu à son ancien véhicule pour ne pas éveiller les soupçons, ce qui avait été particulièrement douloureux : au fil des ans, il s'était attaché à sa selle, à qui il avait même donné un surnom affecteux : "Ma Déhu". Il s'élança dans la rue. En lisant le panneau bleu marine fixé au coin d'un bâtiment, lequel indiquait "Rue de Rennes", il eut une nouvelle pensée pour son adjoint Gigantic, qui ne ratait jamais l'occasion de rappeler ses origines bretonnes : "Ils sont tous un peu cons, vive la Bretagne, ils sont tous un peu cons, vive les Bretons" se mit-il à chatonner tout en pédalant. Très vite, il se reprit pourtant. Le jeu ne faisait que commencer… Il avait berné son adjoint et tout ce que Paris comptait de flicaille, mais il lui fallait désormais jouer serré. "A nous deux la Flipette"…


:arrow: 5. Rendez-vous secret au Chalana-Bez

Paris 22h30
Bingo ! s'exclama à voix basse l'homme à l'imper mastic qui était assis dans le coin le plus sombre du bar "Le Chalana-Bez". Il était visiblement satisfait de découvrir , dans l'édition du soir du Quotidien des Péans, la disparition d'un certain G.W. Brouche. Repliant son journal, il commanda un troisième banga-banane mais n'eut pas le temps d'en voir la couleur , un homme , visiblement atteint de claudication prononcée était entré discrétement et vint s'asseoir à sa table.
- Bayg , t'as fait vite dis donc ! lança-t-il à l'arrivant .T'as vu , c'est déjà dans le canard du soir , ils ont tout gobé comme si c'était passé à Fausse-news.
- Ouais , c'est bien parce qu'on a bossé ensemble pendant trente piges que j'te rend ce service , hein !
- Ca fait un bail quand même qu'on s'était pas vus ; t'as toujours tes grosses semelles en plomb depuis cette affaire du parc Lescure ?
- Putain , je suis pas prêt de les oublier ces fumiers de girondins , depuis qu'ils m'ont grillé les plantes des pieds à l'uranium appauvri.
- Et mon couillon d'adjoint , là , il est au parfum ?
- Ben ouais finalement c'est lui qui a amené le corps de la morgue à la rue Susic et qui l'a défiguré à coup de Selle Royale. T'aurais vu la rage du bonhomme !
- 'tain , le docteur Zozo a du se régaler ; tu lui as pas laissé découper un bras pour son souper quand même ?!
- Bon maintenant que t'es mort , tu vas pouvoir hanter de près ce coco d'Enzo. Par contre je te préviens , touches pas à sa nièce , elle est réservée hein ! Ben ouais tu savais pas que c'était la fille de son frère El Tolosan ? Même que c''était la régulière d'un certain ML qui vient d'être refroidi par un agent du Mossad. Au fait , tu bois du banga-banane toi maintenant ?
- Non , c'est juste pour passer inaperçu , banane ! oh pardon , Bayg , j'avais oublié que t'y es allergique depuis que ton coéquipier Saco est mort écrasé par une caisse de banane pendant l'enquête sur les traffic de faux passeports camerounais à l'ASSE.
- Un dernier truc pendant que j'y pense : Si la , ou plutot le, commissaire Leys te propose un rencart pendant un match à Louis II , méfies toi , il profiterait que vous soyez seuls pour te prouver qu'il a encore des restes d'avant son opération; Il a fait le coup l'autre jour au petit Leplan sous prétexte de lui donner des tuyaux discrétement pendant un film de Marguerite Duras.
Sur ces propos légers , les deux hommes s'éclipsèrent chacun à leur tour pour se fondre dans la nuit sarkozienne.
Brouche, car c'était bien de lui qu'il s'agissait , se faufila par une porte de service dans l'hotel miteux où l'Enzo tenait ses quartiers. En fait de palace , il s'agissait en réalité d'un hotel de passe pour anciens pensionnaires de la seleçao , du style dribbleur du dimanche sur les terrains du bois de Boulogne. Cette situation était d'ailleurs plutot un avantage pour notre fin limier puisqu'il tatait lui-même du cuir le dimanche dans cette partie de la capitale ; il espérait ainsi pouvoir compter sur quelque aide providentielle sur place en cas de gang bang improvisé.
Il ne pouvait cependant attaquer son enquête sur les lieux sans être passé par les cuisines du restaurant du sous-sol, tenu par son vieil ami Chams. Lequel , comme à son habitude ne put résister au plaisir de proposer le plat du jour sur le pouce à celui qui l'avait jadis sorti des griffes du parrain de Tunis , un certain Rogégé. Après avoir englouti dix-sept batonnets de poisson pané frits à l'armagnac , notre Brouche prit congé et grimpa les deux étages qui le séparait du quartier général de l'uruguayen.


:arrow: 6. « Bad Lieutenant »

NOTE CONFIDENTIELLE
Préfecture de Police de Paris
Services de Renseignements Généraux - Service de Médecine Générale

28 juillet 1994
Sujet : inspecteur Georges Brouche
Objet : rapport de santé (confidentiel)

Suite à une demande émanant de sa hiérarchie, par voie habituelle, voici les conclusions de l’enquête confidentielle conduite sur l’état de santé mentale, l’aptitude à la socialisation et les états de service de l’inspecteur de police Georges Brouche (11 ans d’ancienneté). Le sujet présente clairement des troubles de la personnalité, accompagnés de bouffées délirantes. Son addiction profonde à l’alcool et sans doute à d’autres substances toxiques, est la cause de cette dérive mentale. Les exemples flagrants abondent : le sujet n’arrive jamais à établir clairement l’identité sexuelle de ses interlocuteurs, à commencer par celle de sa supérieure hiérarchique directe, la commissaire Renée Leys, qu’il prend fréquemment pour un homme. Ses collègues de bureau le surprennent souvent en train de pourchasser fébrilement des cafards, des rats et autres canards sauvages (en hurlant « le commissaire Magret est une tafiole ») qui n’existent que dans son imagination, ce qui peut laisser songer à un début d’atteinte par le delirium tremens… Le sujet s’est également pris d’une passion que l’on pourrait qualifier de fétichiste pour sa selle de vélo, qu’il refuse de quitter à la manière d’un enfant avec sa couverture. La liste de ses déboires, dérapages et bévues au cours de ses interventions sur le terrain serait trop longue à établir de façon exhaustive. Nous nous contenterons de rapporter ici le surnom assez éloquent dont le sujet a hérité sur le trottoir parisien : « Bad Lieutenant ». L’origine de cette plongée en enfer et en bouteilles – vous nous pardonnerez pour la trivialité de l’expression – semble connue : elle remonterait, selon divers témoignages, à la disparition de son premier coéquipier dans la police, au cours d’une mission de routine. Celui-ci avait succombé au jet intentionnel d’un réfrigérateur depuis le 14ème étage de la tour Montparnasse. Un assassinat odieux et d’une violence extrême, sans doute capable de perturber le psychisme le plus sain, d’autant plus que l’auteur de cet acte criminel n’a pas été appréhendé et que les raisons de son acte n’ont jamais été clairement établies. Les circonstances atténuantes de cette macabre histoire ne doivent cependant pas faire oublier une réalité plus prosaïque : dans son état actuel, le sujet ne semble absolument pas capable de poursuivre son activité au sein de nos services. Il serait même risqué de le maintenir plus longtemps dans des fonctions policière pouvant le conduire à mettre en danger sa propre personne ou l’intégrité physique de ceux qui l’entourent. Le simple fait qu’il puisse encore porter une arme, qui plus est confiée par la force publique, ferait sans nul doute frémir tout praticien ayant mené un rapide examen de santé sur le sujet.
Notre avis : tentons de limiter les risques de bavure…


La commissaire divisionnaire Renée Leys décrocha son téléphone, assez énervée :
- Ici Leys, passez-moi Pinot, le directeur de cabinet du préfet… Allô, Pinot, qu’est-ce que c’est que ce cirque ? Pourquoi m’avez-vous fait remonter cette vieille note des RG concernant Brouche ? Je connais ce papelard, ça date à peu près de l’époque où il s’est fait virer…
- Ma chère Renée, disons qu’il m’est revenu aux oreilles un étrange bruit de couloir : vous n’auriez pas fait appel aux services de « Bad Lieutenant » quand même ? Sinon je serais moi-même en mesure de vous retourner la question : mais qu’est-ce que c’est que ce cirque ?
La commissaire divisionnaire se mordit la langue.
- Ecoutez-moi bien, Pinot, j’ai fait appel à Brouche, mais il s’agit d’une affaire strictement privée. Un problème familial à régler. Vous me prenez pour une folle ? Vous croyez que je ne le connais pas, le phénomène ? Ne vous inquiétez pas, au moins comme ça je l’aurai à l’œil…
- Ben dîtes-moi, alors ça part très mal votre petite histoire de famille, Renée… Votre Brouche, il paraît qu’on l’a retrouvé raide comme un bout de bois, chez lui, en début de matinée… mortibus de chez mortibus ! Y’a personne qui vous tiens au courant dans cette maison ?
- Pinot, vous êtes sûr que c’est lui ?
- Bien sûr que c’est lui, qui voulez-vous que ça soit d’autre ? Il avait le crâne ouvert comme une boîte de conserve, mais a priori le visage était reconnaissable. Demandez le rapport du légiste, si vous voulez… Renée, j’espère que vous ne vous êtes pas fourrée dans un sale guêpier. C’est pas le moment, les élections approchent…
- Ah bon ? Ecoutez, ça lui ressemble pas à Brouche, de finir avec la tête d’une boîte de sardines à l’huile… Je le connais, le lascar, je l’ai assez pratiqué. Il boit comme un trou, mais c’est un bon flic, il a le sixième sens de ceux qui vivent vieux dans cette profession.
- Un ex-bon flic, Renée ! Dois-je encore vous rappeler que « Bad Lieutenant » ne faisait plus partie, et depuis longtemps, de nos services ? Ah oui, au fait, pendant que je vous tiens : et pour cette histoire de Kamoulox, vous avez du nouveau ?


:arrow: 7. De l’importance d’une bonne préparation physique…

Amsterdam, Pays-Bas.

Le parlement français ayant voté l’expulsion du territoire national de tous les hommes vierges de plus de 20 ans, Gig s’était exilé aux Pays-Bas. Il lui fallait trouver un moyen de retourner en France et plus précisément à Clermont-Ferrand où séjournait la seule personne qui pourrait lui permettre de perdre sa vertu et ainsi de pouvoir revivre dans son pays natal : Madame Tessacha. En effet celle-ci venait d’être embauchée comme préparatrice physique par Patrick Sébastien nommé récemment président de la section rugby de l’AS Montferrand suite aux calamiteux résultats du club. L’homme à l’origine de cette nomination était tout simplement le commissaire Magret, divisionnaire de la cité Michelin, que ses hommes surnommaient ironiquement CoinCoin. Celui-ci venait d’être muté dans cette triste contrée suite à ses sempiternels échecs dans l’affaire " du Bouclier de Brennus " au sujet de laquelle il n’arrivait pas à trouver le moindre début de commencement d’indices.
Gig devait donc prendre contact avec son contact auvergnat Tony la tumeur qui jadis avait été partie prenante dans le mystérieux " accident " qui avait coûté son genou à Enzo El Principe, l’international uruguayen de pelote et sodomite réputé dans les écoles d’esthéticiennes.

Paris, France

Le toujours jeune, sémillant (et bien vivant) Brouche venait de raccrocher le téléphone. Son cœur était rempli d’allégresse sa fille venant encore de lui témoigner tout son amour depuis Montauban où elle participait au concours international des fillettes les plus intelligentes du monde avec sa copine occitane Majorette, fille de l’épouse de Major F.
La tournure que prenaient les évènements convenait parfaitement à Brouche et il jubilait de voir à quel point les forces de police cette Renée Leys pédalaient dans la choucroute.
Il décida de s’offrir son met favori un plat de haricot tarbais accompagné d’un Château Montus. Une fois qu’il eut avalé ces quelques agapes, il appela Harvest, son ami (son chouchou aimait-il à dire lors de ses débats intellectuels sue la toile). Harvest était en Irak afin de servir de bouclier humain et irait ensuite en Israël afin de désenfler quelque peu l’ego d’Ariel Sharon (qui n’était point le fils naturel d’un paquet de lessive et d’un actrice américaine aux instincts basiques).
-" Allo Chouchou, c’est Brouchot "
-" Salut mon Maître, mon Idole, mon… "
-" Trèves de compliments, ne tarde pas à revenir en France, je vais avoir besoin de tes services ".
-" Tes désirs sont des ordres, je te suivrai jusqu’à la mort ".
Il ne croit pas si bien dire ricana Brouche en raccrochant.


" Le paquet d’avants ", établissement gay de la banlieue toulousaine, France.

-" Salut Patou " susurra Major F à l’oreille du maître des lieux en lui mordillant le lobe (bien que l’envie de lui mordiller un membre à la consonance presque identique fut bien plus forte).
-" Adieu Petite, ton séjour à la capitale et ta rencontre avec l’uruguayen se sont bien passés " questionna Soula ?
-" Ça a été, mais il m’a quand même fait un peu mal avec sa spécialité du ramonage à la prothèse du genou, mais ne doit-on pas souffrir pour être belle " philosopha le Major.
-" Tant que les montferrandais n’auront pas compris que c’est comme ça que l’on séduit Brennus " s’esclaffa l’ex-talonneur.
Et ils partirent, bras dessus, bras dessous rejoindre la mêlée ouverte qui s’était formée au fond de l’établissement.


:arrow: 8. Le cadavre ne portait pas d'alliance

Longtemps, le commissaire Baygonsec s'était levé de bonne heure. Il savourait donc avec encore plus de plaisir cette grasse matinée sous sa couette (lieu ou il passait aussi l'essentiel de ses soirées a regarder les matches de son équipe favorite). Il avait confié l'affaire Brouche a son adjoint, l'inspecteur Cavalier, et escomptait bien que ce sous-fifre s'y casserait les dents. "Si cet abruti de Cavalier s'entete, il va vite piétiner ... il n'y a aucun indice, absolument aucun" pensait-il avec ravissement. Le coup avait été bien préparé.

L'inspecteur Cavalier arriva a la morgue a neuf heures, afin de récupérer le rapport d'autopsie. L'employé de garde lui remit sans mot dire un petit sac en plastique qui contenait les objets en possession de Brouche au moment du déces : un billet de dix euros, une clef d'appartement, un mouchoir. Du classique. Cavalier parcourait machinalement des yeux le rapport d'autopsie quant son regard fut attiré par trois mots : "29 ans, marié". Renseignement pris aupres de l'employé, le cadavre ne portait pas d'alliance au moment de sa découverte. Un frisson d'excitation parcourut l'inspecteur : cette affaire pourrait bien etre un grand succes personnel pour lui.

"Allo, Madame Leys ? Mes respects Madame, ici l'inspecteur Cavalier. J'aurais besoin d'un petit renseignement : vous-a-t-on signalé des disparitions suspectes dans les dernieres 72 heures sur le departement ? Ah bon ? Un certain Lionel Mallorquin, dont l’employeur n’a plus de nouvelles ? Pourriez-vous me transmettre ses coordonnées ? Mes hommages, Madame”.

Une fois le combiné raccroché, Cavalier ne put reprimer un haut-le-coeur. Une banlieue rouge, se répétait-il. Il ne manquait plus que des communistes dans cette affaire.

L’inspecteur gara son véhicule a l’ombre des peupliers qui bordaient la place Ramon-Mercader. Il consulta une derniere fois ses notes. Lionel Mallorquin travaillait a la direction des statistiques de la mairie de la ville, grand édifice qui se dressait devant lui. Une étrange inscription barrait un de ses murs : “Cours camarade, le Kamoulox est derriere toi”. Encore un coup du fameux gang kamouliste, se dit l’officier.

Apres s'etre recueilli devant la dépouille embaumée de Robert Hue, Cavalier s'engagea dans les couloirs de la mairie. Le nom du supérieur hierarchique de Lionel Mallorquin s’incrivait en lettres argentées sur la porte du bureau : GERARD ANVERS. Cavalier se répéta mentalement les quelques renseignements qu’il avait collecté sur l’homme : c’était un fonctionnaire d’une grande qualité, mais dont la passion du football avait peu a peu dévoré l’esprit. Il était supporter fanatique de l’AS Saint-Etienne, et ses collegues n’osaient meme plus lui parler football depuis la descente du club en L2, de peur d’une reaction violente du type “Je prends un fusil et j’enterre a Nanterre” (coup qui permit a Richard Durn de gagner le Kamoulox Concourse 2002 par 8 morts a 1).

“Cher Monsieur Cavalier, je dois vous dire que je suis extremement troublé par la disparition de Lionel Mallorquin. Il était tres dévoué a la cause de notre entreprise, je veux dire notre mairie … Le soir, on le voyait rester tres tard derriere son ordinateur, il nous disait qu’il y repondait par mail a nos clients, je veux dire nos administrés … Un homme remarquable, vraiment. Sans compter que son salaire se situait pile a la médiane de ceux de nos employés, pardon de notre équipe, malgre un écart-type relativement conséquent.”
- Avez-vous une photo de lui ?
- C’est fort possible, nous avions fait une photo du personnel l’an dernier … Ah oui, la voila.”
Cavalier prit la photo que lui tendait le fonctionnaire et sursauta. L’homme qui se trouvait au premier plan etait le sosie parfait de Brouche. Il avait le visage tordu comme une chanson de Sonic Youth, et dégageait la meme énergie sexuelle que Phil Collins. Pour tout dire, il n’avait pas un physique facile.
Gerard Anvers reprit la parole :
“La disparition de Lionel est-elle liée a un crime, ou quelque chose de ce genre ?
- C’est possible. Je vous avoue que j’aimerais résoudre cette affaire rapidement, d’autant que je suis en concurrence avec un “privé” la-dessus. Un homme tres jeune, mais terriblement intelligent. Je n’aimerais pas qu’il me coiffe au poteau”.
Cavalier assista alors avec stupéfaction a la transformation physique de l’homme devant lui. Le fonctionnaire chétif se transforma en une fraction de seconde en une brute immense, aux muscles saillants. Detail piquant : il avait la peau verte. Il se jeta sur Cavalier en hurlant : “POTEAU ???? PAS CARRÉ LE POTEAU, J’ESPERE !!!”. Ses bras puissants enserraient le cou du fonctionnaire de police. Celui-ci essaya de se dégager tout en sortant sa carte de police : “Arretez … au nom de …glups … la loi”, mais la main du monstre restait ferme. En désespoir de cause, Cavalier sortit sa carte des Bad Gones de sa poche et la brandit devant lui, comme s’il montrait une gousse d’ail a un vampire. Instantanément, Gerard Anvers s’effondra sur sa chaise et se mit a pleurer.

“Patron ? J’ai du nouveau, accrochez-vous. Brouche n’est sans doute pas mort, mais c’est un sosie qui est mort a sa place !
- Qu’est-ce que vous me racontez Cavalier, vous etes fou ?
- Je vous jure, j’ai des preuves irréfutables
- Bon, rentrez chez vous vous reposer, vous l’avez merité. Je reprends cette affaire en main.”

Cavalier grimpa lentement l’escalier qui menait a son appartement en savourant son triomphe. Apres cette affaire, sa hiérarchie ne pourrait plus lui refuser la promotion qu’il demandait, pensait-il. Une bonne journée, tout compte fait.
Il sortit la clef de sa poche, et vit que sa femme avait laissé un mot sur le paillasson. Il se baissa pour le ramasser. Ce geste lui sauva la vie : le couteau qui le visait passa a dix centimetres au-dessus de sa tete, et se ficha dans le bois de la porte. La stupeur passée, il se releva, et courut a la poursuite de son agresseur. Il ne vit rien, mais entendit un homme grommeler avec un fort accent espagnol : “Caramba, ouncore raté”. L’inconnu avait filé.


:arrow: 9. Dans les chaînes des sévices publics

"10 heures 15, devant les grosses lettres".
Quoique sibyllin et non signé, le post-it jaune fluo retrouvé par Brouche sur la sonnette de bicyclette portait indiscutablement la marque colorimétrique de Vamos, son indic le plus vénal. "En route pour le Val de Marne" murmura le privé en lançant son engin à contresens de la bien-nommée rue du rendez-vous, au mépris de la géographie francilienne et de la signalisation routière.

La déclivité, le vent frais d'avril et la lubrification silencieuse de sa flambante bécane donnaient à Brouche l'illusion d'une célérité que ne pouvaient plus générer ses muscles atrophiés par l'abus de vin en briques. Ainsi enivré de cet air printanier plus pétillant que l'Asti, il s'imaginait filant seul dans la descente du Poggio, et d'étourdissantes ritales aux robes ensoleillées lui jetaient leurs mouchoirs immaculés, qui s'envolaient autour de sa machine comme de gracieuses tourterelles.
Fermant les yeux à demi pour goûter cette gloire imaginaire, il ne vit pas déboucher la camionnette France Télévision, et s'encastra dans le véhicule comme une vache saoule. Une de ces saloperies de pigeons parisiens lui chia pile dans l'œil gauche au moment exact où il perdait connaissance.

Le choc du jet d'eau glacée sur sa peau nue l'éveilla. Il prit conscience de la masse endolorie de son corps adipeux avant d'ouvrir un œil immédiatement aveuglé par la réverbération de multiples néons. Il se trouvait allongé sur le sol d'une salle puissamment éclairée et entièrement carrelée de blanc. S'habituant peu à peu à la luminosité, il finit par distinguer deux silhouettes humaines, qui semblaient l'observer depuis de longues heures.

- Alors, Brouche, on dirait que la cabane est tombée sur le chien ? dit narquoisement le plus petit des deux individus. Il ne parvenait pas à identifier cette voix pourtant bien connue, et qui l'emplissait d'une terreur purement physique.
- Qui… Qui êtes-vous ? P… Pour qui travaillez-vous ? balbutia Brouche en reprenant peu à peu ses esprits et une position fœtale.
- La Place Beauvau s'est agacée de l'inefficacité de la divisionnaire Leys, et nous a demandé de reprendre cette affaire. Après tout, au service des sports de France Télévision, nous sommes les premiers concernés. reprit l'interlocuteur.
- S… Salviac ! hurla presque le détective en s'urinant sur les cuisses. – Mais, mais pourquoi ?
- Rien ne m'oblige à vous répondre, bien sûr, mais voyez-vous, le ministère de l'Intérieur, de l'Information et des Divertissements considère la reprise en main du sport français comme stratégique à moyen terme. Vous n'ignorez pas les ambitions présidentielles de notre ministre de tutelle. Nous avons d'ores et déjà pris le contrôle de l'Olympique Lyonnais, dont Charles Biétry assure la présidence, et de l'US Montauban, dont on m'a confié les rênes. Mais nous ne parviendrons pas à nos fins sans contrôler la filière toulousaine du rugby et la Sudamerican Connection qui approvisionne le gratin du football européen. Vous allez donc nous dire ce que vous savez des agissements respectifs des dénommés Major "El Tolosan" Fatal et Enzo El Principe. Il va de soi qu'une fois que vous nous aurez transmis toutes vos informations sur le dossier, vous pourrez retourner à vos minables affaires d'adultères invertis au Camp des Loges…
- JAMAIS ! clama Brouche en tentant de se relever et en glissant sur sa propre pisse.
- Bien, je vois que vous ne comprenez pas que le cochon est dans le maïs. Je vais être obligé de me montrer plus convaincant… Herr Duc, veuillez emmener Monsieur Brouche au simulateur.

L'acolyte resté silencieux saisit l'épave avec dégoût et des gants de caoutchouc, et l'entraîna par les chevilles hors de la pièce.
- Je suis grossier, je ne vous ai pas présenté mon adjoint, le Duc Von Kouloir, dit Salviac en suivant le cortège. Figurez-vous qu'il est issu de la branche pourrie d'une vieille noblesse germanique ; il a dû quitter l'Allemagne à la dissolution de la bande à Baader, au sein de laquelle il était en charge du recueil d'informations sous contrainte. C'est lui qui a conçu le magnifique appareillage auquel nous vous conduisons.
Brouche n'écoutait pas, occupé à identifier l'étrange substance qui obstruait son œil gauche.

Ils entrèrent enfin dans une pièce dont les murs et le plafond étaient couverts d'alvéoles de mousse et dont le centre était occupé par une large cage munie elle-même d'un home-trainer curieusement instrumenté.
- Je crois savoir que vous appréciez tout particulièrement la petite reine ? Soyez heureux, je vais probablement exaucer un de vos rêves d'enfants. Vous allez participer au Tour de France…
Le duc teuton enchaîna fermement un Georges toujours nu sur le bicycle encagé. Installé derrière une console, Salviac poursuivit :
- Cette merveille technologique est capable de reproduire les conditions exactes de toute épreuve cycliste. Les commandes me permettent de choisir la pente, le revêtement, les conditions climatiques… et la vitesse en dessous de laquelle les contacteurs de la selle vous soumettront à des décharges électriques d'intensité croissante. Etant donné votre âge avancé et votre corpulence… (Salviac eut une grimace de dégoût) Je pense qu'un petit 17 km/h suffira. 17, comme Charente Maritime, grinça-t-il dans un rictus dément. Nous allons commencer par une de ces longues étapes en bord de Manche, avec, disons, un petit crachin cinglant, et un vent de force 6 de trois quarts face. Vous allez manquer d'abri dans les bordures…

Un immense ventilateur apparut face à Brouche, dont les chairs flasques commencèrent à s'agiter sur sa monture. Une voix douloureusement familière retentit dans la pièce :
- Nous nous retrouvons pour la première étape de ce nouveau Tour, étape qui nous mènera à Boulogne-sur-mer, patrie d'Octave Van Zuydcoote, vainqueur des 3 jours de Hazebrouck en 1912, le peloton est resté groupé, et la caméra une de Jean-Paul Ollivier suit actuellement le coureur au dossard 234, Georges Brouche, de l'équipe Findus-Margnat-La Villageoise, qui est décroché depuis le départ…
- Jean-René Godart ! Ses salauts ne m'épargneron rien… pensa Brouche, qui, même intérieurement, commettait des fautes d'orthographe.
- Je répète mes questions, que savez-vous du Major et du Principe, cria Pierrot-le-fou par-dessus le pupitre de commande.
- Mais je ne sais rien, fumiers !

Il lui apparut très vite qu'il ne pourrait soutenir le rythme de pédalage imposé, et les chocs électriques commencèrent bientôt à lui brûler le fondement. Georges regrettait amèrement l'inexistence d'un second sosie, et même le sort somme toutes enviable de son double mallorquin (tous des planqués, ces fonctionnaires !). Il se mit à beugler à nouveau son ignorance.
- Décidément peu coopératif… Que diriez-vous d'un petit col des Vosges par 40°C, pour changer ?
Salviac se mit à triturer fanatiquement les manettes qui lui faisaient face. Brouche ne lui répondait plus que par d'implorants glapissements, tandis qu'une odeur de couenne grillée montait jusqu'à ses narines dilatées par l'effort inutile.
- Vous êtes plus résistant que je ne le pensais. Mais peut-être l'Alpe d'Huez sous la grêle vous fera-t-elle réfléchir
Le tortionnaire manipula à nouveau les potentiomètres, et sa machine infernale lui obéit instantanément.
Jean-René commentait toujours :
- Nous voici maintenant sur les pentes de l'Alpe d'Huez, où, dans des conditions dantesques, la lanterne rouge Georges Brouche subit à nouveau une terrriiiible défaillance sous l'œil de la caméra de l'hélicoptère de Gérard Holtz. Bernard Thèvenet, votre avis de spécialiste, un problème d'alimentation pendant l'étape ?
- Certainement Jean-René, on ne dira jamais assez le mal que fait le Captain Iglo au cyclisme tricolore…

La victime ne luttait plus. Au cœur de la souffrance, son corps semblait même atteindre un noyau de plaisir, et l'excitation électrique commençait à susciter chez Georges le début d'une érection comme il n'en avait plus connu depuis la conception de la Brouchette (la future Maman s'était alors déguisée en Raymond Poulidor)
- Herr Patron, il bande ! dit le duc en ouvrant un œil effaré et ses lèvres pour la première fois.
- Hein ? Il AIME ça ? On va voir s'il apprécie autant le régime sans selle, et sur les pavés de la tranchée d'Arenberg !

Deux détonations rapprochées éteignirent soudain les élucubrations de Godart et Thèvenet. Salviac lança un regard inquiet vers la porte d'entrée, tandis que l'allemand se précipitait vers celle du fond. Elle se refermait derrière lui lorsqu'un troisième coup de feu perfora d'un seul trait la calvitie du président de l'USM et le tableau de commande, mettant un terme au supplice brouchien.

Deux hommes venaient de faire une irruption fracassante dans la chambre de torture. Le premier portait un splendide maillot jaune à rayures bleues, un masque de Daffy Duck et un Python 357 encore fumant ; son comparse était curieusement affublé de la tunique noire et rouge du Stade, de bas résille violets, d'une fine moustache postiche, d'un casque colonial et d'un fusil à pompe. Tandis que le Major (car c'était lui !) bombait un énorme "Kamoulox was here" sur le mur, l'homme au masque de canard délivrait prestement Brouche de son chevalet de torture.
Le prose du supplicié ressemblait à l'intérieur d'une pastèque trop mûre.
- Salviac conservait toujours une bassine d'eau glacée pour le soin de ses hémorroïdes, annonça son libérateur en l'aidant à s'asseoir dans le récipient. Je suis sûr que tu apprécieras la cuvette de Salviac. Et l'eau froide éteindra peut-être cette érection déplacée…
Le liquide fuma brièvement quand Brouche y plongea ses roupettes calcinées en bénissant le nom de Rika Zaraï.

- Co… Co… Commissaire Magret ? articula Brouche.
- C'est bien moi, comment m'as-tu reconnu ? demanda son interlocuteur en soulevant son bec factice, découvrant un visage que la beauté juvénile disputait à une virile maturité.
- Mais, mais… Sébastien à l'ASM… Je croyais… Enfin, je vous prenais pour le laquais des forces obscures…
- Quoi, un canard, laquais ? Faut pas croire tout ce que disent les journaux, Georges… Comme tu le vois, la résistance anti-Sarkozyenne s'organise et nos Brigades du Kamoulox n'y sont pas pour rien…
- Mais je n'ai rien à voir avec tout ce bordel, moi ! Pourquoi Salviac m'a-t-il enlevé ?
- Les sadiques n'ont pas besoin de d'autres raisons que leur propre perversité… Et puis il ne pouvait pas deviner que c'est ton adjoint, Gigantic, qui détient toutes les informations en tant que chef de file des Jeunesses Kamouloxiennes. Tu n'as été qu'un pion dans une guerre qui te dépasse, mais tu en sais maintenant trop pour rester neutre. Il te faut choisir ton camp, camarade : avec le Kamoulox, ou contre nous ?

CoinCoin tendit sa main palmée vers Brouche. Le Major s'était également tourné dans sa direction, et armait à tout hasard son fusil à pompe. Brouche se pinça à nouveau ; non, il ne rêvait pas. Son regard allait et venait lentement de la main au canon. Quel choix faire ? Et surtout, comment conserver cette érection inespérée ?
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