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Un peu de soi -même, un peu d'audace.
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naiche
Candidat au Kamoulox d'or
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Age: 51
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Localisation: auprés de ma blonde

MessagePosté le: 29 Juil 2003 3:47    Sujet du message: Un peu de soi -même, un peu d'audace. Répondre en citant

Voilà, un petit fil pour permettre à celui qui le veut d'offrir à qui le veut un écrit, qu'elle qu'en soit la qualité.
Il va de soi que les critiques, les failleries seront bienvenues sur ce fil...
Toujours est il que ceux qui auront l'honnéteté de vous exposer un petit bout de leur intimité n'en recherchent aucune gloire.
Pas la peine d'écrire qu'ils n'attendent pas non plus de moqueries gratuites...
En espérant être suivi, j'ouvre le topic avec un vieux poême, typique de ma période pré-pubère, ou pubère; en tout cas la sincérité est de mise...


Et s'échangent les rôles

Les feuilles des arbres s'envolent
Sous le regard d'un amoureux déçu
Et tout à coup s'échangent les rôles
Les feuilles sont tristes,
L'homme ne pleure plus.

Toutes les feuilles, plaquées au sol
Sont piétinées par tous les hommes
Déçus des femmes, noyés d'alcool
Les gentilles feuilles ont mal à l'homme

Mais maintenant, plus de feuilles aux arbres
Maintenant, seuls les espoirs s'envolent
Les hommes piétinent leurs derniers rêves
Et les feuilles crêvent, écrasés de tristesse


Ouais, ben ce n'est pas bien gai tout ça, mais c'était quand j'étais jeune et beau.
Fûtes vous jeune et beau?
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tyty
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Inscrit le: 21 Mar 2003
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MessagePosté le: 29 Juil 2003 8:43    Sujet du message: Répondre en citant

[Raillerie on]
On dirait du Cabrel. :twisted:
[Raillerie off]

Ce qui n'est pas un si mauvais compliment.
Tu es beau naiche. :love-sign:
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Le problème avec les citations sur Internet c'est qu'il est très difficile de savoir si elles sont authentiques. Abraham Lincoln
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Mon ego et moi
Juste blasé


Age: 40
Inscrit le: 19 Mar 2003
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Localisation: A la croisée des chemins qui ne mènent nulle part.

MessagePosté le: 29 Juil 2003 9:10    Sujet du message: Répondre en citant

tu détournes, y avait "pavés et humeurs" pour ça. mais à la limite, si le grand major veut fondre les deux fils ne un, ça ne me pose pas de pb. à toi, naiche ;)
_________________
:byebye:
(Mais je lis mes MP)
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NoNo93
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Age: 44
Inscrit le: 19 Mar 2003
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MessagePosté le: 29 Juil 2003 9:21    Sujet du message: Répondre en citant

T'as écrit à la RATP? ;)
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Euh... Non, rien...
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Axl
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MessagePosté le: 29 Juil 2003 9:44    Sujet du message: Répondre en citant

Cool ce fil! Je trouve pas qu'il fasse doublon avec Pavés Humeurs et Opinions, dans la mesure où celui-ci est plutôt politique (d'ailleurs il est dans le forum idoine, et je verrais mal le poème de Naiche dans Politique et Tac). M'en vais vous coller des scénarios de RCM de deux cents pages, mwa... :)
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Mon ego et moi
Juste blasé


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MessagePosté le: 29 Juil 2003 10:08    Sujet du message: Répondre en citant

et des numéros de PI ? ;-)
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:byebye:
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MerciLilian
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MessagePosté le: 29 Juil 2003 12:10    Sujet du message: Répondre en citant

Je sais qu'il y a des Gay-Prides qui debutent un peu partout, mais faut pas deconner non plus!











Pardon :D :lol:
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naiche
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Messages: 6553
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MessagePosté le: 29 Juil 2003 12:54    Sujet du message: Répondre en citant

c'est vrai qu'à la relecture, c'est un peu nu-kak mon truc mais bon, j'avais dix sept ans aussi...

Pourquoi ai je écrit "faillerie"?
Y'a pas un docteur Freud dans l'assistance?
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MerciLilian
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Messages: 8265
Localisation: Dans une rédemption à la Sting (dixit Le Plan)

MessagePosté le: 29 Juil 2003 13:21    Sujet du message: Répondre en citant

Serieux, j'ai toujours eu une grande admiration pour les etres delicats qui aiment ecrire des poemes. Meme amoureux, meme dans le spleen, je n'ai jamais ete tres inspire pour la poesie.

Pourtant j'aime bien aux rmes aux armes - Nous sommes les Marseillais et nous allons gagner 8)
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Axl
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MessagePosté le: 29 Juil 2003 14:54    Sujet du message: Répondre en citant

Moi j'ai écrit un poème sérieux il y a trois ans. Mais j'étais bourré.
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ZoubiZoubi
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MessagePosté le: 01 Aoû 2003 13:53    Sujet du message: Répondre en citant

"Si au crépuscule,
Tu as quatres testicules
Te prends pas pour hercule
C'est quelqu'un qui t'encule"

Je sais, c'est fin...
Mais bon, c'est même pas de moi, et même si j'ai honte, ça me fais quand même rire ...

:oops:
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Axl
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MessagePosté le: 01 Aoû 2003 14:29    Sujet du message: Répondre en citant

C'est pas de moi mais c'est une traduction de moi:

Tes yeux sont bleus comme la rivière
Peut-être même encore plus bleus
Je t'aime plus fort qu'un bulldozer
Peut-être même encore plus mieux.


La classe, non?
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naiche
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MessagePosté le: 01 Aoû 2003 15:48    Sujet du message: Répondre en citant

zoubi= vil détourneur pornocrate! :lol:
Pour vot' peine:

Je me sens tout drôle,
Visqueux, gluant.
Des vers me rongent
ma chair pourrit.
Mon oeil quitte l'orbite,
Mes os s'effritent.
Mon sang, ma bile sur l'oreiller.
Le chien se régale.
Aprés l'oreille, son cartilage,
Il attaque l'entre-jambe,
Renonce; trop gros morceau.
Frustré, il entre sa fine gueule
Dans la mienne,
Me chope la langue, la tire.
L'oesophage suit.
Je me sens tout drôle.

Extrait du recueil "bon appétit"; Marie Trintignant, 01/08/2003.
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Mon ego et moi
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MessagePosté le: 18 Oct 2003 15:17    Sujet du message: Répondre en citant

avis à tous les détourneurs de forum : voyez comme ce fil partait bien, avec le courage de naiche qui se montre, ben oui faut le faire et tout le monde qui joue à bordéliser le concept (même moi d'un sens). avec ça comment voulez-vous encourager la verve et le talent de nos plus brillants forumistes ? hein ? franchement...
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Axl
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MessagePosté le: 18 Oct 2003 20:49    Sujet du message: Répondre en citant

Bon ben voilà, un peu de moi-même, un peu d'audace.

Bonne lecture et soyez indulgents, je l'ai écrit il y a 4-5 ans...



    Splendeur et misères de la cortisone


Vous fiez-vous, mon frère, à mon extérieur?
Et pour tout ce qu'on voit, me croyez-vous meilleur?
Non,: vous vous laissez tromper à l'apparence,
Et je ne suis rien moins, hélas! que ce qu'on pense.

Molière, le Tartuffe, Acte III, scène 6.


Dans les coulisses, il y avait un grand miroir, dont Simon avait jusqu'alors ignoré l'existence. C'est en passant rapidement devant, une perruque à la main, qu'il le remarqua, à cause du mouvement fuyant de son corps que la glace avait tardivement reproduit dans son sillage. Il s'arrêta un instant et jeta à son reflet un regard approbateur. En énumérant mentalement ses qualités, il s'en découvrait sans cesse de nouvelles: "Une stature... Un torse fort... Des épaules... Ouais, larges, les épaules, ouais.... Et le visage... Menton carré, nez aquilin... La petite barbe de trois jours… Pas mal, le regard, peut-être un peu plus perçant...".

Il plissa les yeux, se tourna de trois quarts et se trouva un air de séducteur latino: "Si, sono italiano....", sourit-il, avant de se détacher de son double et de revenir vers l'estrade.

Il écarta le lourd rideau poussiéreux pour jeter un coup d'œil dans la salle: elle est toujours là. Pas le temps de la regarder, il faut dire aux acteurs de se préparer, donner à Franz sa perruque, faire signe à l'éclairagiste pour qu'il sache où diriger son projo... Pas le temps de la regarder.

Tout à l'heure, il avait été bien. Si si. Pas de précipitation dans la bise, pas de blague vaseuse qu'il aurait regretté plus tard. Une ou deux phrases, il ne se souvenait plus, mais des phrases bien, genre à la fois polies, spirituelles, et galantes. Il avait réussi à se conduire correctement, bien que la fille était (fût?) splendide: une lourde chevelure brune, un visage très légèrement effilé, des yeux verts d'une profondeur inouïe qui lui rappelaient les eaux inquiétantes et attirantes à la fois des lacs où, enfant, il allait se baigner (image qui l’avait marqué dans un Stephen King et qu’il aimait ressortir de temps en temps)... Plus tard, il l’avait vue de loin et s’était rendu compte qu'elle était aussi magnifiquement proportionnée ("gaulée comme une guitare", lui avait glissé un comédien admiratif), même si ses habits, un jean et un pull basiques, ne la mettaient pas spécialement en valeur. Mais ce maintien, ces mains aux longs doigts fins...
Toute la journée, même aux moments les plus critiques du bordel qui précède toujours une première, il n'avait cessé de l’avoir en tête, comme un agréable point de côté mental. Elle s'appelait Virginie et était la sœur ou la cousine d'un responsable de la salle, ou un truc comme ça, ce qui expliquait sa présence en coulisses. Elle avait eu le temps de lui dire, avant qu'il ne soit happé par ses comédiens inquiets (normal : ils avaient quand même bossé toute l’année pour présenter ce soir le Tartuffe de Molière, et dans la salle il n’y avait pas que leurs familles et copains, mais aussi une centaine de ces badauds qui ne ratent pas une pièce donnée par n’importe quel Conservatoire parisien, et même quelques journalistes), elle avait eu le temps de lui dire, donc, qu'elle voulait faire du théâtre, qu'elle adorait l'ambiance (ou l'essence?) des répétitions.... Une belle voix, une aisance d'énonciation...

Simon s’ébroua et revint vers les coulisses. Les lumières s'éteignirent dans la salle, le murmure des spectateurs cessa et le projecteur balaya lentement la scène, tandis que la vieille chaîne cachée derrière un meuble crachotait les premières notes du Concerto numéro un pour piano de Chopin. La représentation commençait, mais il ne pouvait pas se concentrer. Il la savait toute proche, et effectivement, elle était là, dans la pénombre, juste à sa droite, regardant fixement la scène, sur laquelle apparut Franz et débuta consciencieusement son monologue.

Que le ciel à jamais, par sa toute bonté / Et de l'âme et du corps vous donne la santé / Et bénisse vos jours autant que je le désire / Le plus humble de ceux que son amour inspire.

Simon ne regardait pas Franz, mais Virginie. Il fouilla dans la poche gauche de sa veste, puis dans la poche droite, puis dans la poche intérieure gauche, puis dans la poche intérieure droite (il se rendit compte à cette occasion que cette veste ne disposait pas de poche intérieure droite). Il trouva enfin ses clopes, dans son jean; il découvrit le briquet dans le paquet, et en levant les yeux, s'aperçut que Virginie, qui pourtant n'avait semblé esquisser aucun mouvement, avait une cigarette, point encor embrasée, à la bouche.
Et je ne veux aussi, pour grâce singulière / Que montrer à vos yeux mon âme tout entière...

Doucement, il vint vers elle, et approcha le briquet allumé: elle sursauta, puis, le remerciant du regard, alluma sa clope. Lorsque le bout de celle-ci entra dans la flamme, en modulant la lueur, Simon leva les yeux vers Virginie, et vit qu'elle le regardait aussi.

Mon sein n'enferme pas un cœur qui soit de pierre...

Et maintenant ils étaient tous ensemble, avec des acteurs, des techniciens, des copains et des copines, dans un petit restau montmartrois. Eclataient des rires, des cris, des tintements de couverts, la salle était enfumée comme l'enfer, la radio jouait très fort et Simon parlait à Virginie. Il s'était rapidement rendu compte qu'elle buvait ses mots comme les paroles de lait et de miel du Sermon sur la Montagne, et ne se privait pas de faire devant elle étalage de l'immensité de sa culture, de l'originalité de ses concepts et de l'acuité de sa réflexion.

— Je pense qu'un terrible linceul de sens s'est abattu sur le théâtre contemporain, pérorait-il en lui versant un énième verre de vin. Il ne reste plus un seul auteur qui ne veuille faire réfléchir le public sur le chômage, le sida, la guerre, l'amour... A quoi bon, faire réfléchir le public, que quelqu'un me le dise! C'est d'un banal... Si le public ressent ne serait-ce qu'un léger frémissement, si je parviens à susciter un... un émoi... une volupté, un émerveillement... un étonnement.... ça, oui! C'est le sensible qui m'intéresse, pas le matériel, tu vois... mon théâtre, ce n'est pas une interrogation, c'est un picotement, mais un picotement profond, quelque chose d'essentiel, au-delà de la raison, qui est si limitée; il faut transpercer l'enveloppe des gens, s’adresser à leur cœur... J'en parlais justement l'autre jour à Peter...

— Peter? souffla Virginie.

— Peter Brook, un ami... Il doit me passer un coup de fil ce soir, il faut qu'on discute d'un projet.

Elle était à lui. Il le savait, il en était sûr. Le nom de Peter Brook l'avait achevée. Simon s’enflamma et cita également Bob Wilson, « il m’a soumis une idée récemment, mais j’aime pas trop la direction qu’il prend ». Les grands yeux verts (les lacs, l'enfance, tout ça) de Virginie n'en finissaient plus de s'élargir. Il avait affaire à une de ces folles de théâtre, une fille sur laquelle les noms célèbres avaient un effet immédiat. Heureusement, elle n’avait pas remarqué le regard moqueur de Franz, qui savait bien que, si Simon avait effectivement envoyé un projet à Brook il y a quelques semaines, il n’avait jamais de la vie eu accès à quelque autre metteur en scène en vogue… Simon, cependant continuait, il éblouissait Virginie de paroles.

— Tom, je veux dire Tom Stoppard, n'est pas vraiment un auteur post-moderne selon moi. Je trouve plutôt (et il est d'accord avec moi) que son œuvre est une expérience ontologique...

Combien avaient-ils bu? Un cimetière de bouteilles devant eux. Cela faisait un bon moment qu'ils ne parlaient plus aux autres convives. Le vin leur montait à la tête. "C'est ce soir ou jamais", se répétait Simon et, mine de rien, il suggéra soudain:

— Tu connais l'Eté en pente douce? C'est un bar sympa, le patron est un ami... c'est un philosophe, un situ, si tu veux... Le genre vieux désabusé... Viens, on va y prendre un verre, ils font des très bons kirs... enfin, sauf si tu es fatiguée...

Mais elle n'était pas fatiguée. Ils se levèrent, et dans les cris du festin, leur départ passa presque inaperçu.
L'air froid leur mordit les joues. Ils dégrisèrent un peu et Virginie parla à Simon. Elle lui parla dans la rue des Abbesses, et dans la rue Ravignan. Elle lui parla dans la rue des Trois Frères et dans la rue Tardieu. Dans la rue Ronsard résonnèrent ses mots, et même l'escalier pentu ne lui coupa pas le souffle. Elle lui parla de sa vie. De son enfance à Briançon. De son père, petit commerçant renfrogné, qui n'ouvrait la bouche que pour manger et commenter les matches de foot ; et de sa mère, une économe frileuse, effrayée par le monde extérieur, ne pensant qu'aux sous, aigrie et vieillie avant l’âge. De ces journées étouffantes, des éructations de son père pendant les matchs, des gémissements de sa mère devant les diverses factures. Elle raconta l'éblouissement que fut pour elle une pièce de Tennessee Williams, vue un jour à la salle des Fêtes. Une révélation. Et enfin son départ vers Paris, la capitale des arts et des spectacles, chez un lointain parent vaguement intégré au milieu, avec la fac de Censier pour tremplin et, espérait-elle, le TNP pour horizon.

Simon était ému par autant de naïveté, tout comme par la haine féroce du football que manifestait la jeune fille. Pour elle, les supporters étaient des animaux, les pires étant ces légumes avachis sur leur canapé et enchaînant matchs et bières, bières et matchs. Elle n'avait pas de mots assez durs pour les fustiger, disait-elle. Dilapider le don divin de la vie devant la télé, se passionner pour des abrutis qui jouaient à un jeu débile alors qu’il y avait tant de beauté dans ce monde… Elle éprouvait pour ces gens-là une aversion quasi-physique. Habilement, Simon fit glisser la conversation sur l'art scénique et la mise en scène, parla de sa passion à lui, de son passé d'acteur, se permit quelques pointes d'humour:

— Tu sais, un metteur en scène de théâtre, c'est une personne engagée par l'administration pour cacher le fait que les acteurs ne savent pas jouer.

A l'Eté en pente douce (« tiens, mon pote le patron n’est pas là »), quelques verres suffirent à chasser les sombres souvenirs de Virginie. Elle se détendit, et seuls quelques regards agacés vers la table d'à côté, où deux jeunes gens discutaient des mérites comparatifs de Anelka et de Trezeguet vinrent jeter un voile sur la légèreté et la joie de leur conversation. S'enhardissant, Simon lui proposa, comme si l'idée venait de lui traverser l’esprit (alors qu'il n'avait cessé d'y penser toute la soirée), de passer chez lui:

— C'est juste à côté. Comme ça, — dit-il en prenant un ton grave qui la fit rire — tu verras à quoi ressemble le noir repaire d'un théâtreux parisien. Non, en fait —enchaîna-t-il aussitôt, de crainte de la choquer par une attaque trop directe — il faudrait que je passe écouter mon répondeur, au cas où Peter aurait appelé.

Etait-ce l'alcool? Le nom magique de Brook ? Le charme de Simon? Ou plus vraisemblablement, la conjonction des trois? Elle accepta.

En approchant de chez lui, Simon sentit son cœur s'accélérer. Tous les indicateurs étaient au vert. Dans l’attente d’un premier triomphe, il habitait encore chez sa mère ; mais elle était en province, il avait l'appart pour lui seul (si l’on ne tenait pas compte des quatre chats maternels). Virginie avait beaucoup bu, lui était plutôt sobre, éméché juste ce qu'il faut pour être entreprenant. Et elle semblait vraiment subjuguée. En chemin, il se permit même une ou deux piques sur "ces abrutis qui hurlaient le soir de la finale de la coupe du monde". Elle leva les yeux au ciel, montrant son exaspération à la seule évocation de cette horrible soirée, mais rit à nouveau. Ils descendirent le dernier escalier de la Butte, croisèrent un couple qui s’embrassait – elle eut un petit rire gêné qui le charma - et arrivèrent en bas de chez lui.
Simon pénétra le premier dans l'appartement. Comme d'habitude, l'odeur âcre de pisse féline le prit à la gorge, mais à son soulagement, Virginie attrapa un chat et le couvrait de caresses: "Qu'il est mignon!". Puis, jetant un coup d'œil autour d'elle: "C'est super chez toi!". Effectivement, il y avait moins de bordel que d'habitude.

Simon avisa l'Equipe sur une table, et le couvrit habilement d'un Télérama qui traînait à proximité.
-- Je te sers quelque chose à boire? Un Martini?

Elle était d'accord pour un Martini. Ca tombait bien, il n'avait que du Frantelli, version leaderpricienne du Martini promis. Il lui apporta son verre. Ils trinquèrent. Elle alluma une cigarette et lui sourit en se lovant dans le canapé, le chat toujours sur les genoux. C’est alors que sa vessie se rappela au bon souvenir de Simon.

- Excuse moi une minute, je reviens, fit-il. Elle acquiesça en s’étirant et roucoula quelque chose à l’attention du chat, qui semblait aux anges.

Simon s’enferma dans les toilettes. Il venait d’ouvrir son pantalon quand il entendit Virginie l’appeler :
- Tiens, tu as des messages sur ton répondeur !

Il se souvint qu’effectivement, le répondeur clignotait comme un épileptique.
— Ecoute les, s'excita-t-elle soudain, — c'est peut-être Peter Brook.

L’entendant se lever, Simon devina qu’elle s’approchait du répondeur. Il déglutit et cria, en se demandant combien de temps il allait continuer cette conversation en pissant :
— Oh, tu sais, pas forcément. Il devait m'appeler aujourd'hui, mais plutôt demain, ou dans la semaine, tu vois.

— Mais si, s'écria Virginie, nullement gênée de parler à travers une porte de chiottes. C'est forcément lui. Je suis sure que c'est un signe. Qu'il t'appelle, le jour ou je viens chez toi! C'est comme un signe, un signe pour nous deux... Allez, écoutons les, ces messages! J’appuie sur Play, c’est ça ?


Elle avait débité ça d'une traite. Bien que le cœur de Simon faisait des claquettes ("Nous deux, putain, elle a dit nous deux"), son excitation se mua en inquiétude quand il se rappela la teneur habituelle des messages que ses potes lui laissaient quand ils savaient que sa mère n’était pas là et qu’ils pouvaient se lâcher. Mais au fond de son esprit plus ivre qu’il ne voulait bien l’admettre, une petite voix répétait avec insistance: "C'est ton jour! C'est maintenant! Et qui te dit que c'est pas Peter Brook qui t'appelle?". Il lui avait en effet extorqué son adresse après une conférence que le vieil Anglais avait lue à la Sorbonne pour lui envoyer son projet. Brook avait promis de le rappeler s’il était intéressé... Why not?

De toute façon, il n’avait pas le choix. Il était coincé là, à pisser (voilà où ça mène de se retenir toute la soirée, bordel) sur le rebord de la cuvette pour ne pas faire de bruit, et entendit distinctement sa future conquête appuyer sur le bouton et le répondeur s’enclencher.

Rembobinage. Long, très long rembobinage, dans le silence soudain. Simon se crispa. Il entendit Virginie s'installer plus confortablement, en repliant ses jambes sous elle, et fredonner quelque chose à Minou (ou bien était-ce Minette? Ou Minnie? Je n'arrive jamais à les reconnaître), qui faisait toujours le chat dans ses bras. Le rembobinage s'acheva, un déclic se fit entendre, et une voix résonna dans la chambre. Mais ce n'était pas celle de Peter Brook, oh non, pas du tout. C'était celle, avinée et hoquetante, d’Axl.

— Salut vieille bite! Putain, j'ai vu le match du PSG, c'est tellement la merde, je te jure, même toi t'as ta place dans l'équipe. Quoique je t'ai vu jouer l'autre jour avec ton club de repris de justice, et je crois que même au PSG ils te prendraient pas, sauf pour laver les chiottes! Ouahahahahaha! Oh putain! Pourquoi t'est pas venu mater le match avec nous au Café des sports? T'es encore allé te faire une pute?
Simon était pétrifié. Il ne pouvait pas faire le moindre geste, il ne pouvait pas se forcer à arrêter de pisser ou à pisser plus vite. Il entendit que Virgine ne fredonnait plus rien…

Deuxième message:
- Eh, vieux trou du cul! Alors, on se branle? Tu connais celle du mec qui nique une chèvre? Alors c'est un mec qui nique une chèvre, et t'as un autre mec qui passe, et il lui fait: "Mais putain, tu niques une chèvre!" Et l'autre il fait: "Merde! Je croyais que c'était un mouton!" Ouahahahahaha!

(Meeeeerde ! ! ! Mais c’est pas vrai putain ! Je vais finir de pisser un jour ? C’est quoi ce cauchemar ?)
Troisième message. Cette fois, ce n'était plus Axl.

— Ouais Simon, c'est Franz. Alors, t'es parti discretos avec ta pouffiasse, là! On vous a même pas vus vous barrer, au restau! Bon ben j'espère que tu vas enfin te faire une nana, parce qu'à force d'avoir les couilles comme des pastèques, t'as du mal à mettre ton short quand on va faire un foot! N'empêche, elle a un beau cul! Quand t'en auras fini avec elle, tu m'appelles hein, je passe lui faire une petite vidange! Ouahahahahaha!

Simon était blême. Les yeux fermés. Il ne pouvait même plus desserrer les dents. Quatrième message. Encore Axl.

— Eh, Simon, tu sais ce que c'est la différence entre des rideaux et du papier cul? Non? Alors je t'inviterai pas chez moi! Ouahahahahaha!

Simon pensa vaguement: "Pourquoi ils me persécutent?"

Cinquième message:
— Salut Simon, c'est Jipé. Je crois que j'ai oublié l'Equipe chez toi l'autre jour. Le jette pas, hein! Toute manière, je sais que tu vas pas le jeter, tu les gardes tous, tu relis les vieux quand t'es tout seul chez toi, ouahahahahaha!

Sixième message. Encore Axl.
— Eh, tu sais pourquoi les femmes ont des jambes? Pour pas qu'elles laissent des traces, comme les escargots! Ouahahahahaha!

Il avait enfin fini ! Vite, il tira la chasse ! Vite il ferma son pantalon ! Vite, il tira le loquet ! Il allait tout lui expliquer ! Une blague… une sale blague… une répétition pour une pièce… Quelque chose… Il surgit des chiottes, juste à temps pour voir la porte d'entrée qui claque furieusement. Et d’un coup, l’alcool le frappa à la tête et il ne se sentit pas la force de la poursuivre, de lui inventer un bobard… C’était mort, bordel. Simon s'affala sans force sur le canapé duquel un instant auparavant, une très belle fille le regardait avec passion.

Le répondeur marchait toujours. Septième message. Un léger accent anglais. Distinction.
— Bonsoir, Simon, c'est Peter Brook. J'espère que je ne vous dérange pas. C'était pour vous dire que j'avais lu votre projet, et que j'ai vraiment trouvé ça très bien. Appelez moi si vous avez un instant de libre, on pourrait en discuter.

Le répondeur se tut enfin et se mit à rembobiner. Simon parvint à se secouer de sa torpeur et alluma une cigarette. A cet instant le téléphone sonna. Il laissa faire. Le répondeur, infatigable, se réenclencha.
— Ouais salut Simon, c'est encore Axl. Avec tout ça, j'avais oublié de te dire qu'il y a Nideu qui est passé chez moi, il m'a laissé la cassette de PSG-Anderlecht de 93. Je vais me la mater cette nuit, alors si ça te dit, t'as qu'à passer chez moi.

Lentement, Simon se leva. Virginie était bel et bien partie. Seules quelques effluves de parfum attestaient qu'elle avait bien été là. Peut-être la plus belle fille qu'il lui ait été donné de connaître. Virée par l’irruption soudaine de son côté obscur, putain de merde. Il tituba sans se presser jusque sa cuisine. Certaines boissons à consonance italienne sont faites pour être bues au goulot. Le Frantelli lui frantedégoulina le long du menton, et après il n'y en avait plus, alors il retourna dans la chambre et finit le verre de Virginie. Le Télérama recouvrait toujours l'Equipe. Il n'avait plus rien à faire là, et Simon l'envoya s'écraser à l'autre bout de la pièce. Quelques miaulements indignés. Il ouvrit l'Equipe. Petit à petit, le rictus de désolation et de stupéfaction qui déformait son visage depuis l'audition des messages laissa la place à une expression de concentration, entrecoupée par d'étonnés haussements de sourcils, d'approbateurs grognements et de méprisants ricanements. Comme toujours en lisant le quotidien du sport et de l'automobile, Simon passait par toutes les phases de toutes les émotions accessibles à un être humain. Enfin, il replia le journal. Puis il alla vers le téléphone, et composa de mémoire un numéro. Il entendit sa propre voix dire:
— Allô Axl? C'est Simon. J'ai eu ton message. C'était pour te dire que j'arrivais, surtout attends moi. Ouais, ça me dit vachement PSG-Naples. Hein ? Anderlecht ? Ah oui… Bon, j'arrive alors. Hein? Ouais, d'accord, j'achète un pack.

La porte est fermée, la lumière est éteinte, l'Equipe, froissée, est par terre, un chat dort dessus. Si on déplaçait délicatement le félin (doucement, doucement, prenez le par le ventre, je tiens les pattes... voilà, posez le ici, sur le canapé, très bien), on pourrait lire l'intitulé de l'article de la page 3: "Anelka et Trezeguet: peuvent-ils jouer ensemble?"

Et, alors qu'il traverse Montmartre, les mains dans les poches de son blouson, c'est exactement cette question que se pose Simon. Il fait nuit et froid et vent, Simon marche vers chez moi, et il pense à la complémentarité de Trezeguet et Anelka. Et je sais pas pourquoi, mais ça me rassure.
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