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Algérie, d'hier à demain.
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MerciLilian
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MessagePosté le: 30 Nov 2003 11:41    Sujet du message: Algérie, d'hier à demain. Répondre en citant

Il y a quelque chose que je ne comprends pas, c'est la lenteur des pouvoirs publics même 40 ans après les accord de paix.

Je crois que pleins de Francais, fils de harkis ou pas, musulmans ou pas, mais Francais avec un pied en Algérie ou bercés de récits de leurs parents n'attendent que cela pour ne plus douter de leur appartenance à la nation.

J'ai la conviction qu'il y a eu un crime absolument abominable de commis et le Ministre ou le Président qui l'admettra publiquement, cérémonie à la clé, avec une volonté de faire tourner la page (pas d'oublier, mais de dépasser) aux Francais musulmans/pieds noirs/militaires deviendra historique. Quel soulagement festif ca pourrait être!

Quelque chose me dit que c'est pour bientôt. :)

L'autre jour j'entendais un Poilu d'à peu près 137 ans et donc survivant des tranchés, qui expliquait que ce qu'il trouvait de plus beau, c'était de se voir franco-allemand aujourd'hui...


Quelques repéres:


5 OCTOBRE 1961, communiqué du préfet de police Maurice Papon

Dans le but de mettre un terme sans délai aux agissements criminels des terroristes, des mesures nouvelles viennent d'être décidées par la préfecture de police. En vue d'en faciliter l'exécution, il est conseillé de la façon la plus pressante aux travailleurs algériens de s'abstenir de circuler la nuit dans les rues de Paris et de la banlieue parisienne, et plus particulièrement de 20h30 à 5h30 du matin. (...)

D'autre part, il a été constaté que les attentats sont la plupart du temps le fait de groupes de trois ou quatre hommes. En conséquence, il est très vivement recommandé aux Français musulmans de circuler isolément, les petits groupes risquant de paraître suspects aux rondes et patrouilles de police. Enfin, le préfet de police a décidé que les débits de boissons tenus et fréquentés par les Français musulmans d'Algérie doivent fermer chaque jour à 19 heures .

Le massacre

Le F.L.N. décide d'organiser un boycott du couvre-feu. Une circulaire du 7 octobre met fin à la campagne d'attentats en métropole : il s'agit par ce boycott de changer entièrement de stratégie et de renverser l'opinion publique française. Alors que les attentats s'inscrivaient dans une logique de clandestinité et de guerre, le boycott du couvre-feu doit prendre la forme d'une manifestation pacifique de masse, au grand jour.

La manifestation doit avoir lieu dans tout Paris, le long des artères principales de la ville. Tous doivent y participer, les familles entières. Les manifestants ont la consigne de ne répondre à aucune provocation, à aucune violence ; des cadres du F.L.N. les fouillent avant la manifestation pour s'assurer qu'ils n'ont rien qui puisse servir d'arme.

Tous les Algériens de la région parisienne doivent participer à la manifestation, sous la contrainte si nécessaire : il s'agit non seulement pour la Fédération de France du F.L.N. de démontrer son emprise sur les Algériens en métropole, mais aussi de faire exister aux yeux des Français le peuple algérien. A l'institutionnalisation de l'arbitraire et du racisme, il faut répondre par la revendication d'une existence politique. Les dirigeants de la Fédération de France estiment que la répression qui ne peut manquer de s'abattre sur les manifestants mettra en lumière la violence du pouvoir et la légitimité de la lutte du peuple algérien pour son indépendance.

Au matin du mardi 17 octobre, la police sait qu'une manifestation de masse se prépare ; des cars de police quadrillent la ville, des policiers cernent les bouches de métro aux portes de Paris, prêts à arrêter les manifestants. Aux portes de Paris, à la sortie des métros Étoile, Opéra, dans les couloirs de la station Concorde, sur les Grands Boulevards, les manifestants seront systématiquement matraqués, à coups de crosse, de gourdin, de bâton, souvent jusqu'à ce qu'ils s'effondrent.

Les policiers frappent au visage, au ventre, des manifestants qui ne font montre à aucun moment d'aucune violence ni d'aucune résistance. Sur le boulevard Bonne-Nouvelle, au pont de Neuilly, au Pont-Neuf d'Argenteuil et en d'autres lieux, les policiers tirent sur les manifestants. Sur les ponts aux portes de Paris et sur le pont Saint-Michel, des hommes sont précipités à la Seine. En plein Paris et pendant plusieurs heures se déroule une véritable chasse au faciès, à laquelle la population parisienne assiste et collabore même parfois. Le préfet de police M. Papon suit toutes les opérations et se rend lui-même à l'Etoile, pour constater leur " bon déroulement ". Il a aussi connaissance de toutes les liaisons radio de la police. Il sait donc que de faux messages d'information circulent selon lesquels des policiers auraient été tués. Il ne les démentira pas.

Plus de dix mille Algériens sont interpellés. Ils sont internés au palais des Sports, au Parc des Expositions, au stade de Coubertin, au Centre d'Identification de Vincennes, pendant près de quatre jours.

Quatre jours pendant lesquels les violences continuent. A leur arrivée, les manifestants sont systématiquement battus. Dans l'enceinte des lieux d'internement, on assiste à des exécutions et nombreux sont ceux qui meurent de blessures non soignées. Au lendemain de la manifestation, le bilan officiel est de deux morts algériens. Il fait état de " tirs échangés " entre la police et les manifestants. Malgré les efforts de quelques parlementaires, le gouvernement empêche la création d'une commission d'enquête. Aucune des plaintes déposées n'aboutira.

S'il n'est pas possible de déterminer exactement combien d'Algériens furent tués le 17 octobre 1961 et les jours qui suivirent, il reste que le chiffre de plusieurs centaines de morts, avancé par J-L. Einaudi dans son livre La Bataille de Paris à partir de l'étude de registres de cimetières, de témoignages et de documents internes du F.L.N., est le plus vraisemblable. De nombreuses archives administratives qui auraient été essentielles au dénombrement des victimes ont aujourd'hui disparu. Ceci explique pourquoi le rapport Mandelkern - commandité par le gouvernement et rendu public en 1998 - et le livre de J-P. Brunet, qui tous deux se fondent sur les archives existantes de la préfecture de Police, concluent à un nombre de morts bien inférieur - autour d'une quarantaine. Le rapport Mandelkern reprend du reste à son compte la version selon laquelle des tirs auraient été échangés entre les manifestants et la police.


Tout est là
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Dernière édition par MerciLilian le 30 Sep 2004 10:10; édité 3 fois
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Ndan
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MessagePosté le: 30 Nov 2003 13:33    Sujet du message: Re: La guerre d'Algérie et le massacre du 17 octobre '61 à Répondre en citant

:arrow: Encore un forum "marronnier" ... où déja l'essentiel est dit, ou rien ne bouge, dont la majorité des gens se foutent, mais bon ...
Citation:
Il y a quelque chose que je ne comprends pas, c'est la lenteur des pouvoirs publics même 40 ans après les accord de paix (...)
:arrow: STP, ne te fais pas plus candide que tu ne l'es... ce sujet (a mon sens, ratachable à la longue liste des sujets abordé sur le forum "Afrique, France à fric, etc...") n'est et n'a jamais été traité avec lenteur par les différents dirigents français, il n'a -sciemment- jamais été traité point :!:
:arrow: Il suffit pour cela de voir quels ont été les présidents de la république successifs, leurs role a l'epoque, et par qui ils ont choisi d'etre entourés... pour memoire : De gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrant, et Chirac (résident actuel elu a 82% et homme qui a choisi de nommer Papon comme ministre)


Citation:
J'ai la conviction qu'il y a eu un crime absolument abominable de commis et le Ministre ou le Président qui l'admettra publiquement, cérémonie à la clé, avec une volonté de faire tourner la page (pas d'oublier, mais de dépasser) aux Francais musulmans/pieds noirs/militaires deviendra historique. Quel soulagement festif ca pourrait être!
Quelque chose me dit que c'est pour bientôt. :)
:arrow: Pour bientôt :roll:
... Lors du 40ème anniversaire nous étions (grace aux enfants des victimes, au battage médiatique de l'association 17 octobre 61, de l'emission de Daniel Mermet, et de certains partis d'extrème-gauche) entre 2 ou 3 mille à Saint-Michel pour la commémoration (où d'ailleurs je ne t'y ai pas vu :? ) , mais moins de 400 pour le 41ème anniversaire et, sur l'ensemble des présents, plus de la moitié etaient des temoins et des proches des victimes... de ceux qui le français moyen continue a penser qu'il s'agit de sous-citoyens, ou dans le meilleurs des cas de sujets qui ne méritent pas la une (cf. le discours actuel sur l'islam national).
Petit test : A l'occasion, demandes donc à des français lambda ce qui s'est passé le 17 octobre 1961 : à une ecrasante majorité la reponse sera : " Charonne ?" (mais là il s'agissait d'une dizaine de militants communistes indigènes, acculés par la maréchaussée dans une bouche de metro fermée ... et, en 1962 !)
:arrow: Autre chose Bertrant Delanoé a accepter de faire mettre (et c'est tout a son honneur) une plaque sur le pont St-Michel, lieu où nombre de manifestant ont été précipités dans la Seine par la police de Debré, et au ordre de Maurice Papon ... cette plaque a été démonté déja au moins 3 fois (source mairie de Paris). T'as lu ça quelque part dans le journal ? t'as vu PPD en parler aux infos ? pas moi !


Citation:
Tout est là
:arrow: En effet, et cela fait deja quelques années !!!
:arrow: Ceci étant merci de mettre un petit coup de foccale sur ce site du 17 octobre 1961 que je connais très bien, car c'est un sujet qui nous concerne absolument tous (algériens ou pas, musulmans ou non) au plus haut point :!:



Citation:
L'autre jour j'entendais un Poilu d'à peu près 137 ans et donc survivant des tranchés, qui expliquait que ce qu'il trouvait de plus beau, c'était de se voir franco-allemand aujourd'hui...
:arrow: 137 ans !!! :siffle: Ce qui est sur, c'st que celui la il ne fait pas parti des effectif du ACA, tout ancien combattant qu'il fut :lol: de plus je sais bien que les fêtes approchent, mais tu devrais reprendre un clope et arreter l'aquavit, ça s'agrave là ... 8)
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MessagePosté le: 30 Nov 2003 16:08    Sujet du message: Répondre en citant

C'est á dire que quand je parlais de lenteur de la part des pouvoirs publics, je voulais bien-sûr signifier lenteur à demander pardon aux Algériens au nom de la République Francaise.

(Concernant le chiffre du vieux poilu, c'était évidemment ironique pour accentuer son âge avancé.)

Je me souviens avoir attendu le 17 octobre 2001 avec l'espoir qu'un battage médiatique puisse lever la chappe de plomb et faire remonter le débat au sommet de l'Etat. Malheureusement, le 11 septembre est passé par là et a occulté toute autre actualité.

Je ne vois absolument pas cette page de l'histoire algérienne et francaise de manière sentimentale. Ce qui m'embête, ce sont les poncifs bobo-poétiques qui nous innondent en permanence aujourd'hui, dés qu'il s'agit d'évoquer les crimes.

Exemple:
Le souvenir toujours douloureux bla bla, La mémoire toujours vivace ou encore Ces cicatrices toujours ouvertes patati.

C'est bien beau la poésie et la paraphrase, mais au lieu de se dire journalistes, écrivains, artistes, politiques ou encore intellectuels, ils seraient peut-être temps qu'ils appelent un chat un chat et mettent la pression sur l'Etat, pour qu'il ôte enfin une épine dans le coeur de dizaine de millions de Francais, qui saoûlent tous les autres avec leur éternelles complaintes et nostalgie!

Et comme la souffrance du souvenir paralyse un bon nombre de gens et les empêche de s'épanouir pleinement dans le contexte économique et social, le bon-sens politique digne de ce nom, est évidemment le méa-culpa.

Lorsque l'Etat Francais a demandé pardon aux survivants ou aux descendants de ceux déportés et massacrés dans les chambres à gaz avec sa complicité, je suis certain qu'un grand nombre de juifs qui peut-être n'attendaient que cela, se sont enfin précipités pour vivre pleinement et de manière insouciante leur citoyeneté.

Il y a aujourd'hui une distorsion gigantesque entre ce que sait et admet l'immense majorité des Francais et l'espèce de pudeur de tafiole qu'affiche médias et pouvoirs publics.

Parmi les 15-60 ans de la vie quotidienne francaise, il n'existe pas de personnes coupables d'avoir participé activement d'un côté comme de l'autre, or comme des parents transmettent avec raison leur amertume, la guerre d'Algérie ne s'est visiblement pas arrêtée avec les accords d'Evian et ne s'arrêtera pas tant que ne cesseront les chuchotements de fillettes et les allusions de bobos.

Tous ensemble!
Bougez-vous le cul Chirac, Raffarin! Quant à Sarkozy, on va bien voir si tu as des couilles!
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MessagePosté le: 10 Déc 2003 9:25    Sujet du message: Répondre en citant

:arrow: ML, voilà encore un forum qui a fait ...


!!! ... PLOUF ... !!!

:arrow: Try again ... 8)

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MessagePosté le: 31 Mar 2004 6:22    Sujet du message: Répondre en citant

Libération

Deux anciens miliciens accusés de «crimes contre l'humanité», arrêtés à Nîmes.

La «sale guerre» algérienne rebondit en France



«... Ils ont pris la carte d'identité de mon père. C'était comme un arrêt de mort.» Un témoin dont le père a été enlevé «De toute façon, ton père (disparu, ndlr), c'est un terroriste...» Ce sont les années les plus noires et les plus sanglantes de la sale guerre qui ont fait irruption, lundi, dans les locaux de la police judiciaire de Nîmes. Face à face, quatre hommes : Houari Saïdane et Fethi Azzi, témoins et victimes, chacun, de l'enlèvement de leur père en Algérie par les deux autres, des miliciens installés en France depuis 1998 : les frères Abdelkader Mohamed et Hocine Adda Mohamed.

Accusés de «tortures, actes de barbarie et crimes contre l'humanité» par la Ligue des droits de l'homme et la FIDH, qui ont porté plainte contre eux en octobre 2003, les frères Mohamed ont été interpellés, lundi, à Nîmes, et placés en garde à vue sur ordre du juge d'instruction Gilles Jorda, a appris hier Libération. C'est une première en France, où jamais des hommes impliqués directement dans des tueries contre les civils en Algérie n'avaient été inquiétés. Les localiser dans l'Hexagone n'aura pas été facile : les frères Mohamed ont déménagé trois fois et tous leurs papiers administratifs ­ bail, téléphone.. ­ étaient au nom de leurs femmes. Et comment les reconnaître avec leurs dix kilos de plus et leur moustache rasée ? Un luxe de précautions qui s'explique aisément : Abdelkader et Adda n'étaient pas de simples «patriotes», comme les autorités et une partie de la presse algériennes aimaient appeler les miliciens, ces civils armés par l'Etat. Les frères Mohamed faisaient régner la terreur dans la préfecture de Relizane, où sévissaient six groupes de miliciens (450 hommes au total). Adda, lui, était présent dans toutes les exactions commises par Mohamed Fergane, le maire de cette ville de l'Ouest algérien. «Depuis que la milice de Fergane s'est mise "au travail", on tremblait toute la journée. Quand ils rentraient dans des magasins, il fallait leur donner ce qu'ils voulaient. Certains commerçants leur apportaient même des cadeaux sur le pas de la porte dès qu'ils les voyaient passer», raconte un témoin qui habitait, avec ses six frères et soeurs, un bidonville à 30 km de Relizane.

Enlevés. Le père du témoin a eu un jour un problème avec un voisin qui, pour son malheur, connaissait un milicien. «Le 8 avril 1995, ils sont venus en pleine nuit, ont éteint la lumière, encerclé la maison. Ils étaient quinze, trois en civil, les autres en tenue militaire avec des grenades. Mon père essayait de se barricader. Ils ont cassé la porte. Ils lui ont dit : "Tu es Mohamed ?" Parmi les deux miliciens que j'ai reconnus, il y avait l'un des frères Mohamed. Ils se sont mis à fouiller la maison. Ils cherchaient quelque chose à voler, mais chez nous il n'y a rien... Ils ont pris la carte d'identité de mon père. C'était comme un arrêt de mort.» Personne n'a jamais revu le père. Ni les sept autres personnes enlevées la même nuit. Le fils est allé à Oran pour porter plainte. «Je n'ai jamais trouvé personne pour m'écouter. Tous les jours, j'épie ceux qui ont tué mon père, je les vois partout.»

Relizane c'est, en ces années 1994-1997, plus d'une centaine d'exécutions sommaires, des dizaines de corps non identifiés enterrés sous «X ­ de s.e.x.e masculin ­ algérien», deux charniers découverts en 1998 et 200 disparitions. «Parmi ces disparus, note la plainte déposée au parquet de Nîmes, figurent des hommes de plus de 70 ans suspectés de fournir une assistance à des groupes terroristes.»

Cette logique prévalait dans tout le pays au cours d'années où un Premier ministre, Redha Malek, assenait sans sourciller : «La peur doit changer de camp»..Le pouvoir, conscient de l'insuffisance des effectifs militaires qui, jusqu'en 1994, menaient la lutte anti-islamiste, a commencé à armer massivement les civils. Objectif : quadriller un immense territoire et éviter le sale travail à l'armée (Libération du 14 mars 1997). Cette «privatisation de la guerre» a certes permis aux militaires de reprendre du terrain aux islamistes.

Seigneurs de guerre. Mais elle s'est aussi accompagnée de terribles dérapages. L'essentiel des tueries dans la plaine de la Mitidja (1996-1997) s'inscrit d'ailleurs dans l'impitoyable cycle vengeance-représailles qui a opposé miliciens et groupes armés islamistes. Et, dans ces massacres, les exactions des milices n'avaient rien à envier à celles des islamistes. Le recrutement des miliciens expliquait sans doute ces dérives. Si des hommes sincères ont pris les armes pour protéger leurs villages des islamistes armés, d'autres ont été enrôlés parce qu'étant des parents directs des victimes des GIA, ils étaient animés d'un féroce désir de vengeance.

D'autres enfin étaient purement et simplement des délinquants (Libération du 15 mars1998). Les chefs miliciens se sont dès lors transformés en de petits seigneurs de guerre pillant, rackettant et terrorisant la population au prétexte qu'elle nourrissait des sympathies pour les islamistes. Au point que Hervé de Charette, alors ministre français des Affaires étrangères, avait admis que «les milices étaient un facteur de violence».

«Les milices, résume la plainte de la Ligue et de la FIDH, avaient droit de vie et de mort sur toute la population.» Portant d'horribles traces de torture, les corps des victimes d'exécutions sommaires en témoignent. Youcef Aoun, 30 ans et handicapé, a été arrêté chez lui le 23 mars 1995 par des miliciens ­ dont les frères Mohamed. Il a été retrouvé mort le lendemain à cent mètres du poste de la garde communale de H'madna, à 20 km de Relizane. «Son corps et celui d'un voisin ont été jetés sur la route, raconte son frère. Il avait sur la poitrine une brûlure assez profonde de 20 cm de diamètre et avait la tête écrasée, certainement avec un étau.» Benyassed Assali a été arrêté, lui, le 2 mai 1995 par la milice de Jdouia et Abdelkader Mohamed. Retrouvé mort dans un champ d'oliviers. Avec, comme les autres victimes des milices et des frères Mohamed, des brûlures sur tout le corps.

Hier après-midi à Nîmes, Adda et Abdelkader Mohamed étaient entendus pour la première fois par le juge Jorda. Une audition de près de quatre heures dont on ignorait toujours l'issue, hier soir. Et donc le sort des frères Mohamed.
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MessagePosté le: 05 Juin 2004 14:58    Sujet du message: Répondre en citant

Le Monde, 7 janvier2004

En 1944, Toulon a été la première bataille, sur la côte sud, que l'armée française ait livrée, avec les troupes alliées, pour libérer la France.

Commandée par le général de Lattre de Tassigny, cette armée réunissait ceux qu'on appelait alors les indigènes, venus de l'empire colonial, ainsi que des Français des colonies et des évadés de la France occupée. Près d'un soldat sur deux était un Africain : les tirailleurs maghrébins et noirs constituaient alors le gros de l'infanterie.

C'est pour évoquer cette histoire souvent méconnue que les historiens et le conservateur en chef des musées toulonnais, François-Xavier Amprimoz, ont organisé, au Musée d'art de Toulon, une exposition intitulée "Nos libérateurs, Toulon août 1944". "On oublie souvent, lorsque l'on parle d'immigration, que les pères de bien des immigrés d'aujourd'hui furent un jour accueillis en libérateurs", observe l'historien qui a dirigé l'exposition, Grégoire Georges-Picot, auteur de l'ouvrage L'Innocence et la ruse, des étrangers dans la Résistance en Provence 1940-1944 (éd. Tirésias).

S'appuyant sur des photos, des films, des témoignages et des documents inédits, l'exposition a le mérite d'apporter un regard équilibré sur cette période, faisant place à l'ensemble des composantes qui ont permis la libération de la ville : hommes et femmes de la Résistance, troupes américaines, militaires français, qu'ils soient de métropole, pieds-noirs ou coloniaux.
Une grande partie de ces documents porte sur la composante la moins souvent étudiée, celle des troupes coloniales.

A l'entrée de l'exposition, un numéro de mars 1944 du mensuel An-Nasr, édité en arabe par la France libre en direction des soldats maghrébins de l'armée française, reproduit une photo du général de Gaulle et la traduction en arabe de sa phrase célèbre : "La France a perdu une bataille mais la France n'a pas perdu la guerre."

En août 1944, quand la première armée française vient libérer les Toulonnais, le sous-officier marocain Mohamed Salah observe : "Ils étaient étonnés de voir des gens bronzés (...) et ils se demandaient qui nous étions ! Alors ils hésitaient à sortir des caves, à sortir des abris, des endroits où ils se cachaient.
Mais on leur disait : "Vous êtes libres. On est venus vous libérer, nous, les Marocains." D'autres disaient : "Nous, les Algériens, ou les Tunisiens, ou les Sénégalais." Alors, on voyait dans leurs yeux briller la confiance, ce mot de liberté..."


Une photo sortie d'un album de famille montre un soldat noir tenant affectueusement par les épaules deux gamins français. Un membre de la famille avait alors noté : "Derrière la maison, une compagnie de Noirs s'installe sous les pins. Ces Noirs sont parfaitement disciplinés, discrets, n'envahissent pas toute la propriété. Les deux enfants se sont infiltrés au milieu d'eux et ont été gâtés et caressés, on les a bourrés de boîtes de bonbons."

Dans un film de témoignages d'anciens combattants, réalisé en 2002, Samuel Ekwé, un soldat camerounais du premier régiment de fusiliers marins, se souvient de l'accueil des populations libérées : "Les gens étaient pauvres. Ils n'avaient même pas les chaussures, les babouches, rien que les sabots qui faisaient cling-clang sur les pavés. Ils ont été accueillants envers nous. Ils ont été contents. Et nous, on était les sauveurs. Les sauveurs !" D'autres racontent leur enrôlement forcé. "On m'a battu pour aller là-bas", note Mahi Gogoua, ivoirien.

Selon l'historien Grégoire Georges-Picot, la situation au sein des trois grandes composantes des bataillons coloniaux n'était pas la même : "Environ 99 % des Marocains ont été des engagés volontaires. Parmi les Algériens, les volontaires représentent environ les deux tiers des effectifs ; les autres ont été appelés.

En revanche, les quatre cinquièmes des Africains ont été incorporés de force." En hommage aux soldats noirs de l'armée française, Léopold Sédar Senghor, prisonnier en Allemagne de 1940 à 1942, a d'ailleurs écrit un recueil de poèmes, Hosties noires (éd. Le Seuil), où il salue, "tous réunis", "le Cafre le Kabyle/ le Somali le Maure/ (...) le mineur des Asturies/ le Juif chassé d'Allemagne/ et tous les gars de Saint-Denis".

Ces documents sont accompagnés de panneaux pédagogiques sur la Résistance, les opérations militaires, la progression des troupes alliées. A côté du drapeau du régiment de tirailleurs sénégalais commandé par le colonel Raoul Salan, un texte rappelle que ce corps d'armée a subi de très lourdes pertes humaines : la bataille de Provence a été, avec celle d'Alsace, l'une des plus meurtrières de la Libération. "La grande majorité des tués et des blessés ont été des indigènes, entre la moitié et les deux tiers selon les unités où le décompte peut être fait, explique Grégoire Georges-Picot. Ils formaient le gros de l'infanterie, prise dans des combats de rue sanglants."

L'exposition, qui s'accompagne d'un important volet destiné aux élèves et aux enseignants, tournera, au printemps 2004, dans des établissements scolaires du Var et de la région.
Près de soixante ans après la Libération, les conflits de mémoire restent vifs à Toulon. Pendant la guerre, la ville a été particulièrement éprouvée par l'occupation allemande et les bombardements alliés.

Dans les années 1960, elle a accueilli une nombreuse population pied-noire, franchement hostile au général de Gaulle : le héros de la Résistance était aussi l'homme des accords d'Evian de 1962 qui reconnaissaient l'indépendance de l'Algérie, un crime impardonnable aux yeux de bien des rapatriés. Plus récemment, la ville a été profondément déchirée par les thématiques xénophobes qui ont permis au Front national de diriger la mairie de 1995 à 2001.

A Toulon, le passé reste présent, comme en témoigne la controverse sur l'un des gestes symboliques accomplis par la mairie FN : donner à un carrefour de Toulon le nom du "général Raoul Salan, libérateur de Toulon en 1944".
Considéré comme un héros par les associations pied-noires les plus radicales, le colonel Salan a commandé le 6e régiment de tirailleurs sénégalais, qui avait pris une part importante dans la libération de Toulon. Devenu général, Salan a ensuite été l'un des dirigeants de l'Organisation armée secrète (OAS), qui avait tenté de s'opposer par la violence et les attentats à l'indépendance de l'Algérie.

Rappelant que le militaire n'était pas général en 1944, la Ligue des droits de l'homme de Toulon demande que l'inscription "général" soit, au minimum, remplacée par celle de "colonel". A ce jour, la mairie (UMP) n'a pas donné suite.



Charles Onana commente son livre La France et ses tirailleurs.



Comment vous est venue l'idée d'écrire un livre sur les "tirailleurs sénégalais" et leur rôle dans la seconde guerre mondiale, rôle souvent absent des livres d'histoire?

C'était très simple, je suis parti du débat actuel sur les "cristallisations" ([i NDLR les pensions des soldats de pays (notamment africains) devenus indépendants ont été gelées en 1959 et n'ont pas été revalorisées depuis) qui font que les anciens soldats d'origine africaine ne touchent pas les mêmes pensions que leurs camarades français, et j'ai considéré qu'il était nécessaire de chercher les raisons de cette différence de traitement.

Je me suis donc mis à enquêter. J'ai ainsi découvert que la loi de de 1959 qui "cristallisait" les pensions, c'est-à-dire qui les transformait en indemnités viagères, avait été prise par l'Assemblée Nationale française pour empêcher que l'Etat français paye à ses soldats une pension normale. Cette loi prétendait que les tirailleurs, désormais ressortissants de pays indépendants en 1960, ne pouvaient plus bénéficier d'une pension française. Or, lorsqu'ils se battaient pendant la guerre, ils le faisaient en tant que Français et personne ne leur a contesté ce statut.

Alors, je me suis dit qu'il était difficile de comprendre ce dossier sans comprendre l'histoire. Certains disent ou pensent aujourd'hui qu'ils sont dans des pays indépendants, et qu'il serait logique qu'ils aient un traitement différent de leurs camarades français. Je pense que c'est injuste et que le raisonnement faux. Car, ils étaient Français au moment des faits. Mon enquête visait donc à faire connaître l'action des tirailleurs pour la libération de la France et dans la Résistance.

C'est ainsi que je me suis lancé dans une enquête longue, pour retrouver des pièces, des témoignages, des éléments précis, qui rapportent le rôle déterminant des Africains dans la libération de la France.

Le grand public ne voit pas ce qu'ont fait les tirailleurs, beaucoup les voient comme de la chair à canons. Pouvez-vous revenir sur le rôle qu'ils ont joué dans la guerre ?

C'est l'idée qui est généralement répandue, au moins sentimentalement par les africains qui considèrent qu'ils ont été de la chair à canons. Ce n'est pas totalement faux, mais ce n'est pas totalement vrai. Il y avait dans l'armée française en 1940 des effectifs importants d'Africains, qui constituaient près de 60 à 70% des effectifs en opérations de police extérieure. Ce sont les tirailleurs qui étaient chargés de mener des actions de police dans un certain nombre de pays africains. C'est également l'action des tirailleurs qui permit à l'armée française de prolonger son action extérieure.

Avant la guerre, les tirailleurs étaient déjà dans l'armée française, et lorsque la France a perdu sa souveraineté face aux Allemands, et qu'il lui fallait reconstituer une armée nationale, ou une armée de libération, de Gaulle s'est donc lancé, après son appel du 18 Juin 1940, dans un processus de recrutement, à la fois volontaire, et par la force, des tirailleurs dans plusieurs pays africains, notamment en Afrique Occidentale Française et en Afrique Equatoriale Française.

Les tirailleurs étaient en réalité le fer de lance de cette nouvelle armée française. C'étaient surtout des gens qui avaient conscience que la France était leur mère patrie, qu'elle était en danger et occupée par les Allemands. Pour eux, il fallait tout faire pour la sortir de la domination allemande.

La libération de la France était aussi une auto-libération pour les tirailleurs, parce qu'on était en période coloniale, et contribuer à libérer la France pouvait libérer l'Afrique du joug colonial, et surtout empêcher Hitler de s'installer en Europe et en Afrique, surtout quand on sait quel était le projet de "Mein Kampf" dans les colonies.

Pour les tirailleurs ce n'était donc pas seulement participer à la libération de la France, mais c'était aussi participer à la libération de l'Afrique, en s'engageant dans ce combat.


Vous avez dit qu'il existait une armée de "tirailleurs" avant 1940. Est-il arrivé que des tirailleurs restés fidèles à Vichy combattent contre des tirailleurs ralliés à De Gaulle?

C'était une situation un peu bizarre. La plupart des Africains qui étaient dans l'armée française combattaient contre les allemands, et non pas contre De Gaulle, l'appel du 18 Juin n'ayant pas été lancé. C'est le cas d'Airaines, dans la Somme, avec le capitaine Ntchoréré, originaire du Gabon ou dans le Vercors.

Il y a eu par contre des combats à Dakar, entre la marine française dirigée par le Gouverneur Pierre Boisson, et les Forces Françaises Libres du Général de Gaulle, mais là encore, il n'y avait pas d'Africains à proprement parler.

Au Gabon par contre, il y a eu une bataille entre les fidèles du Maréchal Pétain, et les fidèles de De Gaulle.

Les tirailleurs ne comprenaient d'ailleurs pas très bien ces enjeux franco-français, leur problème était de contribuer à la libération de la France. Ils n'avaient donc pas la connaissance intime des luttes intérieures françaises, ou à la perception que les Français avaient du gouvernement de Vichy ou la France Libre de De Gaulle. Ce qui était important pour eux c'était de participer à l'armée de libération.

Il y a problement eu des combats, mais pas en face à face direct. C'était vraiment une bataille fratricide. Mais la vraie bataille fratricide a plutôt eu lieu entre Français qu'entre Africains.


Dans votre livre, quelques anecdotes, notamment vestimentaires sont rappelées, au Cameroun?

C'était plutôt au Sénégal. Monsieur joseph Conombo décrivait comment au moment du recrutement d'étudiants en médecine on leur donnait une tenue de tirailleurs avec une chéchia rouge, alors qu'eux pensaient qu'il fallait être vêtus comme des soldats français sans distinctions vestimentaires.

Mais il faut rappeler qu'à l'époque, l'armée française était encore une armée coloniale, et que les réflexes psychologiques et certaines pratiques relevaient plus de la colonisation que de l'intérêt national en temps de guerre. Il n'est pas surprenant qu'ils aient eu ce type de pratiques.

D'ailleurs, chaque fois que des protestations ont eu lieu, elles se terminaient toujours par de la répression ou des menaces de fusillades comme d'ailleurs le raconte Conombo dans son livre souvenirs d'un tirailleur sénégalais.

Les tirailleurs sénégalais qui vont entrer dans l'armée française vont entrer dans un contexte de discrimination, il faut le dire, dans un contexte de racisme certain.

Dès l'enrôlement les tirailleurs ont été moins bien traités que les autres. A la fin de la guerre ils sont massacrés à Thiaroye après avoir été baladés sur la question des primes que leurs camarades français "de souche" avaient déjà touché, puis peu après la guerre intervient la fameuse "cristallisation".

Vu de loin on dirait que les tirailleurs n'ont jamais été traités comme leurs camarades de tranchées, avez-vous une explication d'ensemble du phénomène?

L'explication qui serait la plus simple serait de constater que le noir de manière générale est considéré comme un être inférieur, même si les choses ont évolué aujourd'hui. Quand bien même tous les éléments sont là pour démontrer le contraire avec Nelson Mandela, avec Martin Luther King Jr, et toutes les autres personnalités, il y a encore des gens qui, dans l'esprit desquels est ancré l'idée que le noir est un être faible. Il faut se souvenir qu'il y a une abondante littérature pseudo-scientifique qui tentait d'expliquer l'infériorité physique, psychologique, etc..., du noir par rapport au blanc, il y a donc eu un investissement intelectuel, financier important, qui a abouti à ce qu'on sait aujourd'hui.


Ce qui est également vrai, c'est que dans la conscience collective de l'armée française il était difficile d'imaginer que les "tirailleurs" soient aussi compétents ou aussi courageux que certains prétendus "vrais Français". Hélas, sur le terrain, les tirailleurs ont prouvé qu'ils étaient sans complexe.

Je crois que cette approche qui consiste à les maintenir en situation d'infériorité même quand ils ont fait leurs preuves sur le terrain est tout simplement ridicule, et témoigne d'une mauvaise foi caractérisée.

Quand on lit les livres d'histoire "normaux", les tirailleurs sont absents, pourtant votre livre cite beaucoup d'anecdotes, comment expliquez-vous d'une part que les historiens n'en parlent pas, et d'autre part, avez-vous dû faire des efforts particuliers pour vous documenter?

Non, je n'ai rien fait, je suis parti des mémoires de De Gaulle, et j'ai enrichi mon travail des témoignages des différents protagonistes, des gens dont on ne peut pas nier la crédibilité et la solidité, parce qu'ils ont été des acteurs majeurs, comme le Maréchal Leclerc, comme Jean Moulin.

Ce qui est évident, et ça rejoint votre question précédente, c'est que même les historiens éprouvent un mal fou à reprendre les mémoires de De Gaulle ou des principaux acteurs, pour expliquer que la résistance française n'était pas simplement une résistance intérieure à la France organisée en métropole par quelques occidentaux, mais était une résistance massive, populaire, qui avait été organisée en Afrique, avec une base territoriale africaine, et surtout avec un fort contingent militaire africain.

La bataille de Kouffra par exemple qui a été l'une des batailles militaires les plus célèbres avec près de 300 Africains dans les rangs de la France Libre, qui ont permis de battre l'Italie.

Je pense que la difficulté des historiens ou des intellectuels français c'est d'admettre que ces gens qui sont venus se battre pour la France étaient des gens compétents, valeureux, déterminés et prêts à faire ce que beaucoup de Français n'osaient pas faire.

Vous avez écrit sur le Rwanda, ce qui vous a valu un procès auquel a finalement renoncé Paul Kagamé. Vous avez écrit sur Jean-Bedel Bokassa, vous écrivez aujourd'hui sur les "tirailleurs", sujet très difficile. Quel est le prochain combat, s'il y en a un, de Charles Onana?

Je ne pense pas mener un combat à proprement parler. Je fais un travail de journalisme qui consiste à rétablir la réalité des faits et tout faire pour que les faits cachés, dissimulés volontairement ou pas, soient portés à la connaissance du public afin que tous les citoyens ne meurent pas idiots.

Pour l'instant je travaille sur plusieurs projets, notamment sur la résistance, mais je pense qu'il faut garder un effet de surprise pour vos lecteurs.

Vous êtes parti des mémoires du Général de Gaulle pour écrire votre livre. Avez-vous une opinion particulière sur lui, étant donné que c'est quand même lui qui a recruté les "tirailleurs" dont on connait la destinée tragique, et on n'a pas l'impression qu'il soit intervenu activement pour leur réhabilitation?

Mon sentiment là dessus est vraiment mitigé, mais je peux dire franchement que c'est ma plus grande déception de voir toute cette combativité qu'a eue De Gaulle, cette reconnaissance qu'il fait de l'Afrique dans son combat pour la résistance et la libération, on est déçus de voir que concrètement, il n'a pas fait beaucoup de choses de son vivant pour aider les "tirailleurs" sénégalais à être dans la mémoire collective des Français, à travers les livres d'histoire, à travers des musées de Paris, car il avait le pouvoir et les moyens politiques de le faire.

Si vous voulez, c'est une grande déception malgré le respect que j'ai pour le résistant.

Mais si on veut être indulgent, on peut noter qu'il avait maille à partir avec ses propres compatriotes, et que les tirailleurs ou l'histoire des tirailleurs devenait quelque chose de très lointain pour lui, mais je ne sais pas si ça l'excuse vraiment.

A nous de tout faire aujourd'hui pour restituer à ces hommes le rôle qui fut le leur, l'honorabilité et la respectabilité qui leur appartiennent, nous devons tout faire pour cela.

Pensez-vous que l'histoire des Africains vue par les Africains est différente de celle qui nous est écrite par les histoiriens classiques, notamment occidentaux et autres, ou avons-nous un travail spécifique à effectuer?

Je serais tenté de dire "non" si tout le monde était de bonne foi, c'est-à-dire qu'il n'était pas nécessaire si un historien occidental ou africain faisait un travail précis, un travail objectif, un travail honnête, c'est-à-dire restituer la réalité des faits tels qu'ils se sont déroulés, rien que les faits, sans mêler opinion personnelle et idéologie.

Hélas, le monde n'est pas ainsi fait, il serait trop beau, et peut-être trop facile.

Mais je pense que vous avez raison d'évoquer cette question. Si les Africains interviennent dans l'histoire, ils ont le droit et l'obligation d'intervenir dans l'histoire de leur continent. Ils ont d'autant plus de responsabilités que les livres qui sont étudiés en Afrique sont faits par des gens qui n'ont pas intérêt à ce que les Africains apprennent cette histoire. Il leur appartient à eux de faire un travail de rectification intelectuelle, de correction intelectuelle, pour permettre à tout le monde d'accéder aux faits qui ont faconné la force, l'honneur et la dignité de l'Afrique, et si les Africains ne le font pas, personne ne le fera.

S'il y avait beaucoup de gens de bonne volonté pour le faire ça se saurait, et le travail sur les tirailleurs prouve tout le contraire.
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MessagePosté le: 05 Juin 2004 16:50    Sujet du message: Répondre en citant

Peu de réponses sur ces articles et ce thème...

Est-ce tabou ?

:roll:
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MessagePosté le: 05 Juin 2004 16:53    Sujet du message: Répondre en citant

J'ai vu cette semaine à la tv dans un jt quelconque le témoignage d'allemands, occupés à partir de 1945 par des troupes françaises, dont un certain nombre de ressortissants d'afrique du nord.

Ils déploraient 600 femmes violées (parmi d'autres barbaries).

Dans tous les cas, de tous côtés, la guerre est sale.
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MessagePosté le: 09 Juin 2004 13:27    Sujet du message: Répondre en citant

d'autant plus quand la soif de vengeance, compréhensible, est telle....
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MessagePosté le: 09 Juin 2004 13:37    Sujet du message: Répondre en citant

AC2N a écrit:
d'autant plus quand la soif de vengeance, compréhensible, est telle....


Je peux comprendre, meme si ce n'est jamais acceptable.

:(
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MessagePosté le: 09 Juin 2004 15:11    Sujet du message: Répondre en citant

LaTronche a écrit:
jacky56 a écrit:
J'ai vu cette semaine à la tv dans un jt quelconque le témoignage d'allemands, occupés à partir de 1945 par des troupes françaises, dont un certain nombre de ressortissants d'afrique du nord.

Ils déploraient 600 femmes violées (parmi d'autres barbaries).

Dans tous les cas, de tous côtés, la guerre est sale.

Tu m'as fait peur, j'ai cru que c'était des vrais français (normaux, blancs) qui avaient commis ces crimes.


LT> Je reprends les termes du témoignage du vieil allemand du village qui parlait.
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MessagePosté le: 09 Juin 2004 16:18    Sujet du message: Répondre en citant

Merci taratapi.

:?
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MessagePosté le: 09 Juin 2004 17:22    Sujet du message: Répondre en citant

Faut dire aussi que y'en avait bcp des français d'origines nord africaine libérant la France, donc plus de chance que si exaction il y ait eu ils y aient pris part... Non La Tronche?
Maintenant si c'est pour souligner que l'on parle plus de cette composition de l'armée de libération pour les affaires sombres que pour la gloriole, je suis d'accord avec toi pour dire que la présentation du truc est un peu hypocrite...
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Euh... Non, rien...
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MessagePosté le: 09 Juin 2004 17:30    Sujet du message: Répondre en citant

NoNo93 a écrit:
Faut dire aussi que y'en avait bcp des français d'origines nord africaine libérant la France, donc plus de chance que si exaction il y ait eu ils y aient pris part... Non La Tronche?
Maintenant si c'est pour souligner que l'on parle plus de cette composition de l'armée de libération pour les affaires sombres que pour la gloriole, je suis d'accord avec toi pour dire que la présentation du truc est un peu hypocrite...


Je suis aussi ok avec ça, en ce qui me concerne je n'ai fait qu'écrire ici les propos entendus.

Je ne sais pas du tout s'ils sont fiables, justifiés, etc...
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MessagePosté le: 09 Juin 2004 19:30    Sujet du message: Répondre en citant

LaTronche a écrit:
C'est parce que tu n'as vu que la version censurée. Plus loin dans le reportage, le même allemand expliquait qu'étant donné qu'après les viols les femmes sentaient le poisson, il penchait plutôt pour la responsabilité des bretons dans l'affaire.

Et après ça on va dire qu'il n'y a pas de racisme anti-breton. :roll:
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